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ÉTHIOPIE – Du 27 septembre au 27 octobre 2011

ÉTHIOPIE – Du 27 septembre au 27 octobre 2011

L’Éthiopie est un pays proche de l’équateur, à qui l’on n’associe pas facilement l’escalade et la montagne. Nous avons relevé le défi de partir avec peu d’informations, un vague croquis d’une vallée, les noms des faces et un descriptif succinct de leur potentiel, ainsi qu’un plan Google Earth. Munis de ces quelques repères géographiques, nous sommes partis à cinq, Nils, Nicolas, Lucas, Tom et moi-même, Jonathan, histoire de perdre nos repères.
L’expédition s’est déroulée du 27 septembre au 27 octobre 2011. Un mois, qui est passé si vite que le retour nous fait l’effet d’un brusque coup de frein, mais nous rentrons tout de même, heureux.


L’approche
La première partie du séjour s’est déroulée à Addis-Abeba, la capitale, où nous avons pu organiser nos déplacements et la logistique qui sera une des réussites de notre expé. Nous rencontrons les personnes qui s’occupent du parrainage des enfants, point important de notre projet. Partir, oui, mais avec du sens. De plus, nous faisons connaissance avec notre garde et notre cuisinier, qui nous suivront lors de notre périple.
Après un vol intérieur Addis/Axum, à sept, nous arrivons dans la région du Tigray. Après deux mois de pluies torrentielles, la Nature semble sortir un maximum de ses couleurs, comme pour dire : « Je suis là, bien portante, pour un court moment, mais je vis! »
Tout autour de nous, à l’horizon, se découpent des sommets et des monolithes qui attirent nos regards. Après avoir fait les provisions nécessaires pour plusieurs jours dans la ville d’Axum, connue pour ses stèles, nous prenons la route vers le plus haut de tous ces sommets.

Samayatha
Après avoir franchi la ville d’Adwa, nous entrons par une piste dans la vallée qui sera notre lieu d’accueil pour les 14 prochains jours. Au bout de cette piste, « la montagne qui touche le ciel » nous surplombe d’un air bienveillant.
Nous nous arrêtons dans le village d’Aba Gerimma, au centre de la vallée. Nous posons nos tentes, pour une nuit, attendant le lendemain un peu anxieux car notre présence et son acceptation doivent passer en conseil des chefs. Au petit matin, nous sommes invités par des hommes armés à nous asseoir dans la poussière, à attendre sous le soleil, devant eux. Attendre, mais quoi?
Le silence. Les regards se croisent, se jugent peut être. C’est dans le même respect de silence que sera faite l’entente entre eux et nous, chacun se levant ou tournant les talons vers les tâches journalières, les uns à la suite des autres, nous laissant dubitatifs mais soulagés.

Camp de Base 1 : Aba Gerimma
Le travail a pu commencer. Nous avions un terrain de jeu immense à explorer, avant de nous attaquer à nos aventures verticales.
La première difficulté sera de supporter une chaleur à laquelle aucune de nos falaises hexagonales n’a pu nous entraîner. La seconde sera de nous mouvoir dans une jungle (maquis dense) que nous devrons affronter à chacune des futures approches. Dès la première journée, nous décidons d’aller explorer un chaos de blocs. Nous ouvrirons quelques passages dans des cotations allant de 4A en dalle à 7A bloc : « Sit start », 6A, Nils ; « Cross or meurt » 4C, Nils ; « la dalle » 5A, Nils ; « Le truc à math » départ debout 6B + ; « La variante du Miolan » 7A, Nils. Cela nous permettra également de tester le rocher qui s’avère être excellent.
Dans la même journée, nous nous attaquons à nos premières fissures en ouvrant plusieurs lignes : « Tatoufmétouf » 6A offwith 35 mètres ouverts par Nils (comprenez 6A d’ancien) ; « Jon building ou la peur du Criquet » 6A, en fissure oblique, 30 mètres, Nils ; « Court à sa Faim », 6B, 25 mètres Nico, « Ceüse bis » 5C, 20 mètres Nils… L’expédition commence bien.

Cependant, le soir même, nous nous rendons bien compte que nous ne pourrons pas vivre uniquement en grimpeurs pendant notre séjour. L’eau, les marches, les portages, et juste l’intérêt que nous suscitons seront toujours présents.
Nous trouvons dès le lendemain des puits construits il y a quelques années par une ONG. Ce sont de petits lieux de rencontre et d’entraide où soudain, de jeunes blancs viennent pomper pour les jeunes, les très jeunes et les bien moins jeunes, l’eau si précieuse. Nous apprenons également comment porter un bidon de 50 litres sur les épaules… grâce à de jeunes filles.
Dans l’après-midi, nous continuons nos explorations, découvrant ainsi ce qui s’appelle, « La Montagne des Anges », qui nous occupera une bonne partie du séjour, avant de retourner faire quelques essais fructueux, parfois, dans d’autres blocs.

Le lendemain, nous faisons deux équipes… D’un côté, Tom et Nico vont faire un long repérage sur Samayatha, les voies possibles, les accès, les distances et surtout l’eau. De l’autre, nous serons trois, Nils, Lucas et moi-même à attaquer une ouverture du bas dans cette « Montagne des Anges ». Nous repérons à la jumelle plusieurs lignes, dont une qui passe sur la gauche d’un bitard, comme posé au pied de la paroi, laquelle se découpe au sommet en deux tours majestueuses. Chargés comme nous le sommes, une fois de plus, l’approche nous semble à la fois ludique tout en étant sérieuse.
Je pars dans la première longueur qui est un dièdre bouché au début, puis qui s’ouvre un peu sur une fissure au-dessus de laquelle se trouve une terrasse confortable. Cette longueur sera 5C+/6A de 45m. Les copains me rejoignent vite, il y a comme de l’impatience dans l’air… Lucas va faire la deuxième longueur, qui s’annonce être plus intéressante que ce que nous pensions. Une fissure large fait crier Lucas, « heu, les gars… on a quoi comme gros friends? » La longueur commence dans une fissure large, 3 mètres à gauche du relais précédent! Les Camalots 5 et 6 sont utiles mais pas obligatoires. Après 6 mètres dans cette fissure, on en sort par la gauche pour attaquer des dalles qui tirent vers la gauche. 5C de 45 mètres. Qu’importe, Lucas sortira et nous aussi, sur une terrasse à cactus. C’est le tour de Nils. Il part dans une longueur en traversée sur une dizaine de mètres avant de franchir deux toits et de nous faire un beau relais, parfaitement inconfortable. Ne pas partir dans la fissure à gauche ou à droite, dans les herbes, bien rester tout droit, franchir le dernier toit avec un rétablissement sur réglettes puis il est possible de pitonner à droite un piton extra-plat avant de continuer tout droit encore 7 mètres jusqu’à une fissure évidente qui part sur la droite.1 piton aux relais. 6B +, engagé. Il enchaîne ensuite sur une longueur qui débute de la même manière que la précédente, dans un niveau de difficulté supérieur. Traverser horizontalement sur 3 mètres, un pas de bloc en 6C/7A avant de pouvoir protéger, friends 0,3 et C4, avant de partir dans une fissure rectiligne protégeable avec un C4 jaune, petit pas de bloc au départ puis continuer en dièdre, 7B 20 mètres. Heureusement, il trouve de nouveau un relais trois étoiles où nous pouvons nous reposer une fois tous sortis. Il nous reste du chemin, comment faire? La réponse viendra du talky-walky : « Base camp à grimpeurs? » Tom et Nico sont aux jumelles en bas. Ils nous orientent sur les possibilités qui s’offrent à nous. Nous choisirons celle de redescendre en fixant deux cordes, d’une manière qui ne s’enseigne pas dans les manuels : mono-point sur friend… L’idée est d’aller rejoindre la rampe de cactus qu’on a rejointe à la fin de la deuxième longueur, pour la remonter et retrouver la jungle puis les copains.
C’est unanime : nous ne nous nourrissons pas suffisamment. Nos efforts de ces trois jours commencent à creuser les ventres et le moral. Il nous faudra trouver une solution.

Jour 4, Tom, Lucas et moi partons pour atteindre le sommet de la veille et y fixer des cordes statiques qui nous permettront de repérer la suite de la voie. Après l’heure de marche d’approche, Lucas décroche. Il se sent mal. Depuis le début, il n’avance pas comme à l’ordinaire.
Tom et moi remontons par la jungle la partie gauche de la tour. Après plusieurs tentatives de repérage, nous accédons à une vire qui descend et qui semblerait pouvoir être juste au-dessus du relais où nous nous sommes arrêtés hier. Mais pour y accéder, il faut partir de cette vire en désescalade avant d’entamer une traversée sans protection possible sur une dizaine de mètres. J’entame le travail sans réussir, je rebrousse chemin. Le talky grésille et la voix de Nils annonce : « Les gars, on est mal. Lucas a vomi, la pompe filtrante est morte, y a plus d’eau au camp de base… » On redescend alors en pressant le pas. On retrouve nos deux acolytes, sous leurs duvets, grelottant de fièvre et affaiblis, alors qu’il fait encore 25 degrés. Tom, notre monsieur médoc de l’expé leur donnera ce qu’il faut.

Le jour 5 a été encore productif. Je repars à la « Montagne des Anges », accompagné de Nico cette fois, en me disant que « c’est la dernière fois que je fais cette marche d’approche! » On atteint les vires de l’échappatoire, on remonte sur les cordes statiques. Voilà, retour au même endroit qu’il y a deux jours. Seulement, là on a du temps. On regarde tous les deux la longueur suivante, sans réussir à envisager, ni l’un, ni l’autre de réussir à sortir de cette fissure où les premières protections possibles sont à 7m, avant d’arriver dans une fissure fine et/ou bouchée. Ces conclusions une fois tirées, on décide de se débrouiller pour grimper quand même après avoir tiré un rappel sur un arbre, les cordes fixes ayant été enlevées à la montée.
Du bas de ce rappel de 15m, on commence dans une première longueur, avec un pas de 5C, où je ferai relais sur une terrasse. Nico part dans les deux suivantes, une première en dalle à trous, puis une seconde dans une fissure en 6a/6a+, légèrement déversantes, mais sans problème particulier, hormis, la fin, avec un rétablissement en dalle qui nécessite du mental. Voilà, nous atteignons le « top », en escalade libre, enfin.
Pendant ce temps-là, Lucas est resté au camp de base, alors que Nils qui reprend des forces nous a regardés à la jumelle une bonne partie de la journée.
En redescendant une troisième fois dans le maquis, surprise, on retrouve, non seulement Nils, mais aussi Tom, chargé d’un énorme sac à dos rempli de nourriture. C’est le rêve.
Le soir, les forces reviennent, alimentées de sucreries et de rigolades. Je propose à Tom et à Lucas de m’accompagner le lendemain pour trouver une jonction du bas avec les longueurs qu’on a faites aujourd’hui avec Nico afin d’ obtenir un itinéraire logique sur cette ligne.

Le lendemain, c’est toute l’équipe qui est dans le mur! Nils et Nico cherchent un itinéraire direct dans la seconde tour, à notre droite. Tom, Lucas et moi entamons l’escalade sur la droite du bitard repéré le premier jour d’ouverture.
Lucas nous sort une longueur en 5C dans un rocher excellent. J’entame par la suite une longueur qui devrait passer dans deux dièdres que j’avais repérés aux jumelles. Devant le premier dièdre, je me sens tout petit, le rocher semble moins bon, et mes armes de protection sont en quantité réduite. Je contourne par la droite, en passant par une dalle non protégeable avant d’aller me mettre dans des arbres morts pour rejoindre le second dièdre. Celui-ci, plus large mais tout aussi lisse, ne me verra pas reculer aujourd’hui. Les potes sont loin, le tirage et le sac à dos lourd sur les épaules me compliqueront la tâche. Certes, je ne garde pas en mémoire un souvenir d’esthétisme, mais bien celui d’une efficacité musculaire. Tom et Lucas auront la même difficulté, tout en saluant mon obstination. Mais la fin n’est pas encore là. Nous sommes au sommet du bitard, la tour se dresse devant nous et j’indique à Lucas la direction à prendre pour rejoindre la fin du rappel que Nico et moi avons fait la veille. Au programme, il doit faire le tour du sommet, rejoindre par un pas de « géant » une dalle compacte, et grimper dedans en attendant un bon paquet de mètres avant de pouvoir protéger. La difficulté ne provient pas de l’escalade, mais de l’engagement. Il réussira son contrat parfaitement, nous menant à la terrasse sur laquelle j’avais moi-même mené Nico la veille.
Une fois qu’on l’a rejoint, un seul regard sur Lucas nous permet de savoir ce qui s’est passé. Il s’est retourné le cerveau en levant un peu trop les yeux, il a craqué pour une fissure déversante, pour ne pas dire effrayante. Ce mec, hier encore, était en ruine. Aujourd’hui, c’est une machine de guerre. Tom et moi annonçons tout de suite deux choses : la première, « ça va être dur, très dur, bien trop dur pour nous trois » ; la seconde, « mec, on est là! Action ». On équipe notre pote, on se cale au relais, on l’arme de la corde de liaison, de conseils et de vannes.
Cette longueur lui demandera 2 h 45. Je passe volontairement les détails, l’évolution du mental, du courage à la peur, en passant par le doute, par le questionnement sur ce qu’il fait là alors qu’il se trouve sécurisé sur un piton mal enfoncé dont les petits frères, juste en dessous, ne sont pas plus rassurants.
Je passerai également au-dessus de toutes les bêtises qu’on peut faire à deux à un relais, pour passer le temps certes, mais aussi pour dédramatiser une situation, pour rire, tout simplement, y compris en montagne sérieuse.
3 heures après, nous rejoignons Lucas, et nous donnons son nom à ce qui s’appelle dorénavant « LA FISSURE FIORESE ». Vous y trouverez un piton, signe de passage dans cette longueur qui avoisine le 7B +/A2. Il nous reste plus qu’à remonter un pierrier instable pour rejoindre le sommet que j’avais foulé avec Nico la veille.
D’abord, les deux du Vercors sortent au même moment de leur voie. Ils ont réussi le pari d’ouvrir une grande voie à la journée. Ils nous annoncent des cotations allant jusqu’au 7c. Eux aussi ont laissé quelques pitons.
Au final, nous avons deux grandes voies à baptiser le soir. La première : « Give me money or go back home » Td +, 200m, John, Nico, Lucas et Tom. Souvenir d’un enfant qui nous a accompagnés en répétant cette phrase récitée en boucle avant le départ dans L1. Il nous expliquait que la montagne était à lui, nous, nous voulions lui faire comprendre que celle-ci peut se partager… échec sans doute. La voie de Nils et Nico s’appelle « La directe vertaco », 200m, ABO-, 7A + obligatoire.

Le samedi 8 octobre, jour 7 au camp de base 1. On s’annonce une journée récupération. Alors, voilà peut-être un terme qu’on aurait dû valoriser dès ce jour pour ne pas finir épuisés à la fin de l’expédition. Car cette journée n’a pas été très efficace au niveau de la récupération, justement.
Plusieurs objectifs : trouver un mouton et le zigouiller. Ca, ça devrait aller. Aller repérer une grotte, vue de loin, où passerait une fissure déversante – voire deux? Juste ça, c’est déjà la fin de la récup’.
On décide donc d’y aller, en attendant qu’il fasse 35 degrés au soleil, pour être sûr de bien se déshydrater comme il se doit lorsqu’on a une pompe filtrante en moins et des petites particules en plus dans nos bouteilles opaques. Au bout d’une heure de marche, on se pose dans une grotte immense, où clairement, les fissures sont aussi sales qu’inhospitalières.
En contrepartie, dans le fond de cette grotte, le bloc est possible, et certains membres de cette équipe fatiguée ne manqueront pas de griller encore et encore leurs cartouches sur des mouvements allant de durs à très durs, lorsque les prises cassent. Finalement 1 bloc est ouvert : 7A + « Sounka alé » Nils.
Avec un peu moins de bras que le matin, et beaucoup d’appétit, nous retournons au camp en fin de journée, afin d’assister au spectacle du samedi soir et au repas qui en sera la conséquence.
Ce même soir, l’équipe se réunit autour d’une discussion sérieuse : il nous reste 11 jours sur notre planning. On a ouvert du bloc, de la couenne, de la grande voie, en quantité et en qualité, avec une éthique que nous avons su respecter… Mais deux choses s’imposent à nous : qu’en est-il des images que l’on a de ces réussites? Et qu’en est-il de Samayatha?

Le lendemain, Tom et moi partons pour une journée de marche. Le plan est assez simple : faire le tour de Samayatha, aller au sommet, repérer la voie de descente, peut-être même y faire des cairns, faire des photos et revenir le soir avec des informations.
Pendant ce temps, Nico, Nils et Lucas vont finir la première voie qu’on a commencé à ouvrir qui s’appelle déjà « J AI UNE COPINE QUI DISAIT CA ».
Notre journée randonnée se déroule très bien, on atteint le sommet vers midi, on bulle au soleil, au sommet de cette vallée, mais aussi de cette région magnifique. On discerne les frontières avec l’Érythrée au Nord, le camp de base, Adwa et Axum au loin, et surtout, des quantités impressionnantes de monolithes rocheux qui attendent d’être grimpés. A la descente, nous découvrons des faces qui méritent le déplacement, mais immédiatement, nous constatons le caractère difficile de l’organisation d’un camp de base ici. L’eau est loin, la jungle est dense comme jamais, et le transport est long… Nous n’avions même pas pensé à tout.
Nous continuons notre route jusqu’au camp de base, en gardant sur la peau quelques traces de ce maquis.
Le soir, c’est la folie au camp, on parle des faces et des difficultés, mais Nils, Lucas et Nico sont quand même partants pour non seulement aller voir, mais aussi, emporter un camp de base « light ».
Point positif, ils ont réussi à finir la voie et à faire des images. 2 très belles longueurs en 7A +,7A, 6A expo.
Description : « J’ai une copine qui disait ça » 200m ABO- 6B oblig. Nils Lucas, Jonathan.

Nous commençons la journée avec Nicolas, mal luné. Après l’avoir traîné pendant 1 h 30 dans le maquis, il a enfin pu prendre une aspirine. La voie normale qui mène au sommet a été ouverte par Nils, elle s’appelle désormais « la Guillotin » ; 6A, 25m, aucune protection possible.
Ensuite, après avoir tricoté, Nico finit par mouliner Nils dans le mur qui est définitivement déversant. De là, Nils réalise un relais sur 5 pitons. Il continue sa descente dans le mur, forcé de mettre des protections pour ne pas finir comme un débile. Nicolas a pu réaliser des images d’ouvertures dans ces 3 longueurs magiques.7A + 30 mètres, 7A, un bon 7mètres ouvert par Nils ; 6A 18 mètres, pas de protection possible ouvert par Lucas.

Le 9e jour se lève. Nous sommes fatigués, la pompe nous semble de plus en plus loin tous les matins. Pourtant, Tom et moi devons retourner dans « Give me money… » pour y faire des images. Les prochains jours risquent d’être difficiles vu la tournure qu’ils prennent. Il va falloir économiser nos forces, ce qui semble être une des seules choses que cette équipe ne sait pas faire…
Nous retournons donc sur cette marche d’approche, dans cette voie. Nous avons deux objectifs, le premier : faire des images ; le second, pour moi : changer L2, passer par les deux dièdres. Ce qui fait une longueur en 6B + de 45m avec possibilité de faire relais intermédiaire. Les microfriends sont à doubler ainsi que le 0.75. Le 1 et 2 sont à prévoir également. Attention au tirage.
Nous réussirons nos deux objectifs ce jour là. (voir description de la voie « La direct vertaco » en annexe.)

Le 11 octobre, deux équipes se forment. Équipe 1 : Nico, Nils, Lucas, un âne et un muletier. Direction : Samayatha. Objectif : repérage et mise en place d’un camp de base avancé « light ».
Équipe 2 : Tom et Jonjon. Direction : sous les eucalyptus.
Objectif : faire un maximum la sieste.
Le soir, comme prévu, nous nous contactons. « OK les gars, on est chez l’habitant pour ce soir » dit Nils. « Apportez de la bouffe » dit Nico en fond sonore.

Le 12 octobre, Tom et moi partons, de nouveau accompagné d’un âne et du muletier pour rejoindre les potes. La marche consiste à traverser la vallée, puis faire le tour par la gauche de Samayatha, avant de rejoindre le spot où ils ont roupillé hier. Au bout de 4 heures, nous y sommes. Nous entrons dans une ferme, où courent au milieu de la cour, poules, chèvres et chien. Les sacs des copains sont là. On pose nos affaires, on décharge l’âne et on remercie le muletier avant d’aller rejoindre les autres, sûrement au pied de Samayatha.
Une fois qu’on a reconstitué le groupe au pied des faces, on commence avant toute chose à leur filer de la nourriture et de l’eau. Ils sont découpés de ne pas avoir pris suffisamment de nourriture. On s’étonne, alors vient le récit de leurs dernières 24 heures :
Après la longue marche d’approche dans un chemin plus que délicat pour notre âne, nous parvenons enfin à une épaule surmontant un col, située à 2 500 mètres d’altitude. Nous sommes au pied de la face nord de Samayata, elle parait vraiment raide mais elle est très esthétique. Nous sommes bien entamés par la marche et par la fatigue des jours précédents mais le moral est là et nous sommes hypermotivés pour aller voir ça de plus près. Il est déjà 15 h 30, nous avons le temps de nous installer avant la nuit, mais pas d’aller plus loin. Tout allait bien, nous pensions avoir tout envisagé (pas beaucoup de nourriture, mais le ravitaillement était prévu le lendemain), sauf que… Quelques bergers viennent nous voir et soudain, lorsqu’ils comprennent que nous allons dormir à la belle étoile sur ce petit plateau, ils changent de tête et nous disent : « and tomorrow, when you will be dead, what do you want we do with your bodies? » « WHAAAATTTT? » Ils voulaient en fait nous dire que l’endroit est réellement dangereux la nuit car il y a un tas de bêtes sauvages qui rodent comme des hyènes et nous avons même entendu « tiger » au cours de la conversation! Il est vrai qu’un indice aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : contrairement à tous les autres endroits que nous avons traversés, il n’y avait aucune maison aux alentours, et ça, c’est suspect! Soudain ce plateau nous est apparu bien moins accueillant et nous avons vite été d’accord pour se dire qu’on ne pouvait pas passer la nuit ici. Heureusement, le muletier discutait avec un gars du village (c’est un grand mot, plutôt trois ou quatre maisons rapprochées) voisin (à 30 minutes de marche), qui nous a proposé de nous héberger pour la nuit. Nous n’avions pas le choix et nous ne voulions pas nous avouer déjà vaincus, aussi nous avons accepté avec gratitude! Ce fut sans doute une des plus fortes expériences que nous avons vécue en cette fin de journée, soirée et nuit chez notre hôte. En effet, nous étions au fin fond d’une vallée perdue, notre camp de base était à trois heures de marche, la piste la plus proche à 4 heures, nous n’avions que très peu de choses à manger et nous n’étions clairement pas dans un village, mais bien isolés dans le maquis éthiopien. A ce moment-là, nous ne contrôlions plus rien et étions totalement dépendants d’Elias (notre hôte) or nous, les occidentaux, nous n’avons pas l’habitude de ne pas contrôler une situation! Nous nous sommes donc installés dans la ferme d’Elias et de sa famille (les grands parents, Elias, sa femme, leurs deux enfants et le frère d’Elias) et nous avons pu constater que la « propriété » était constituée de trois maisons, et était entourée d’un grand mur d’enceinte (tiens c’est bizarre ça, pourquoi ils ont de tels murs? nous n’allions pas tarder à avoir la réponse!) Nous avons passé la fin d’après midi avec Elias, nous lui avons fait découvrir les jumelles et la frontale! Le soir venu, ils firent rentrer derrière le mur d’enceinte tout leur bétail et les deux chiens de garde, endormis auparavant, étaient cette fois debout et attentifs, le match allait bientôt commencer…
Au repas, nous avons partagé notre nourriture (un peu de pâtes et de l’embacha) et la famille nous a donné du maïs grillé, plat typique des villageois avec l’injera. Finalement, au cours de cette soirée, nous avons pu constater que les repas sont plutôt maigres et que la vie est vraiment rude : les enfants sont pieds nus dans le fumier, ils n’ont pas beaucoup de vêtements or les nuits sont plutôt fraîches (6 °C relevés à la montre), le travail commence à 5 heures du matin et ne s’arrête que lorsque la nuit est bien tombée (vers 19 heures) et on se dit que nous sommes loin d’être capables de résister à de telles conditions de vie : belle leçon d’humilité! A 21 heures, la famille est allée se coucher et nous, nous étions sur une petite terrasse devant une des maisons, il faisait calme malgré un petit vent qui secouait les branches, idéal pour s’endormir non? Eh bien pas tout à fait! Les chiens ont commencé à gronder, puis aboyer de plus en plus agressivement et au bout de 20 minutes, la rumba a commencé : les chiens courraient à droite, à gauche en hurlant, dehors ça grognait aussi, ça tapait contre la porte… Nous ne savions pas ce qu’il y avait derrière, mais deux choses sont certaines : ça avait l’air mauvais et nous aurions peut-être fini en morceaux choisis si nous étions restés dormir à la belle! Le cirque a duré jusqu’à 4 heures du matin et ensuite c’est le coq qui a pris le relais! Malgré la nuit, il a commencé à nous annoncer le jour de bon cœur! Puis, vers 4 h 45, le coq s’est arrêté pour laisser s’exprimer le plus petit des fils d’Elias qui s’est mis à pleurer, volume au maximum!
Enfin, à 5 heures Elias, qui était sûrement un militaire et qui devait se rendre à Adwa (3 heures de marche et une heure de bus) est venu nous souhaiter une bonne journée avec le canon de sa kalachnikov devant la tronche. 5 h 30, la famille était au travail! Au bilan, c’est ce qu’on appelle une nuit pas vraiment réparatrice, d’autant plus qu’en prime, on a gagné des puces! Pour le petit-déjeuner, c’était la misère, nous n’avions plus rien! Nous avons demandé un peu de café et au final, nous avons eu droit à la cérémonie du café qui dure deux heures avec une bonne injera (sans doute la pire que j’ai mangée). Enfin bref, après tout ça, nous sommes repartis en direction de Samayata pour aller au pied repérer des attaques possibles et voir la qualité du rocher. Arrivés au même point que la veille au bout de 45 minutes, nous nous sommes posé et le verdict était sans appel : nous étions fracassés, explosés, rincés! Nous sommes restés une bonne heure allongés sur un caillou à regarder aux jumelles la face « bordel, elle est vraiment raide! » A midi, nous arrivons à nous motiver pour aller bartasser dans le maquis pour atteindre le pied de la face et en fait c’était encore loi! Nous y sommes arrivés au bout d’une heure et demie encore plus entamés, 2 750 mètres d’altitude à la montre, la face doit donc faire entre 350 et 400 mètres : un bon morceau! Les 100 premiers mètres sont globalement déversants et nous avons compris que si nous voulions passer, il faudrait s’arracher! S’ajoutaient à cette difficulté d’autres grosses problématiques : où dormir? Comment gérer l’eau? Besoin de récupérer car nous sommes cuits! Pas assez de nourriture! Difficile de dormir dans la face, et pas la force de se taper tous les jours 4 heures de bartasse dans le maquis chargés comme des mules avant même de grimper. Nous sommes redescendus, avec tous ces doutes, sur le petit plateau pour rejoindre Tom et Jon qui venaient d’arriver au même instant. Nous étions fatigués (Nils, Nico et Lucas), nous le savions mais nous avions aussi réellement envie de nous lancer dans ce projet, mais lorsque Tom et Jon ont vu notre état (et nos têtes), ils ont fini par nous convaincre de renoncer à cette face. Il est certain que c’était la meilleure des solutions!
Une fois cette histoire écoutée, et la forme des troupes analysée, Tom et moi avons tranché.
« Les gars, on redescend. On est tous rincés, on a pas moyen de se reposer d es journées dans le mur, on a pas possibilité de bivouaquer au pied… On se casse. ». On se charge les uns les autres, laissant l’eau que l’âne avait portée, laissant les vivres aux habitants qui ont accueilli la première équipe. On porte d’un coup ce qui a été monté en deux jours. Il est 17 heures, à 19 h 30, nous sommes de retour au camp de base. L’aventure a continué tout de même, on s’est fait charger par une vache très très très en colère, qui a surtout chargé la fermière. Il est certain que nous sommes en partis coupables, car nous avons déboulé sur le sentier, chargés d’énormes sacs, ce qui a clairement fini de mettre en colère l’animal déjà de mauvais poil.

Le lendemain, le 13 octobre, Tom est malade, on est tous fatigués. Nico, Lucas et Nils partent faire du bloc. Persuadés que l’anniversaire de Nico est le 13 octobre, nous préparons discrètement ce que nous pourrons appeler une soirée d’anniversaire. Nous achetons deux poulets, demandons à une fermière de nous faire une ambasha sucrée (sorte de pain épais dont nous sommes devenus fans).

Vendredi 14 octobre, c’est le vrai jour des 24 ans de Nico. Au petit déj, on lui offre un poulet à zigouiller. Après cela, Nils et lui partent en repérage pour Damo Gelila, loin au milieu des plaines entre Adwa et Axum. On leur annonce une fois 2 heures, une autre fois 5 heures… Au final, il leur en faudra
5 pour aller au pied du monolithe, puis 5 autres pour rejoindre Axum où ils dormiront. Pendant ce temps Lucas, Tom et moi, nous faisons l’aller-retour camp de base/Adwa pour faire un ravitaillement. Nous les joignons par téléphone, ce qu’ils nous annoncent mérite de déplacer le camp de base. Nous préparons le décollage pour le lendemain en demandant à un minibus d’aller prendre Nils et Nico à Axum, avant de passer au camp de base, pour nous mener au pied du monolithe.

Le 15 octobre, on se prépare, on plie le camp de notre vallée qui nous a accueillis pendant 14 jours. On remercie tout le monde, nous nous entretenons, Lucas et moi avec le chef/administrateur de la région. Nous lui laissons un transformateur qui permettra aux villageois d’avoir accès à une prise électrique. Branché sur la batterie chargée par un panneau solaire laissé par une ONG, il leur permettra désormais de recharger leur téléphone. Nous avons bien spécifié que cela devait servir à tous d’une part, et qu’ils doivent en prendre soin car il n’y en aura pas un deuxième, d’autre part.
Le minibus arrive, chargé de nos deux vertacos. Nous complétons le chargement avant de reprendre en sens inverse la piste par laquelle nous étions venus, il y a déjà deux semaines.
Après un arrêt à Adwa, où nous embarquons avec nous un prêtre/enseignant qui allait justement dans notre secteur et qui connaît la piste, nous arrivons après 1 h 20 d’Adwa au pied de Damo Gelila.

Camp de Base 2 : Damo Gelila

Le monolithe est tout simplement superbe dans les lumières de fin de journée. Tout autour, les plateaux dessinent notre nouveau décor pour les trois prochains jours.
Rapidement et efficacement, nous terrassons un espace, et nous montons le camp de base 2.

Le dimanche 16 octobre, nous formons deux équipes : Nils et Nico d’un côté et Lucas, Tom et moi de l’autre. L’objectif étant d’aller au sommet, et de tenter un « hold-up » sur trois jours. De notre côté, nous approchons de la face Est où une arête se découpe, entre dalles et herbes. Nous voulions à l’origine passer par là avec Tom, faire du facile et atteindre le sommet au plus vite pour pouvoir avoir le temps de repérer la descente. Il en sera tout autrement. Sur l’approche, je tombe nez à nez avec un serpent, dressé, prêt à l’action, au détour des hautes herbes qui nous entourent. Cela nous refroidit un peu. Mais nous continuons pour arriver au pied d’un mur qui nous offre quelques choix, bien moins excitants que ce à quoi nous nous attendions, même aux jumelles.
Je décide de partir dans une série de mur/vires assez simples, 30m, 5B. L’envie est d’aller jouer dans une fissure fine au milieu d’une dalle en deuxième longueur. Cette dalle est calée entre deux dièdres qui ont l’air de nous offrir des solutions pour la suite.
La seconde longueur est très classe, 25m de 6A dans une fissure fine que je nettoie pour Tom et Lucas, avant de traverser de 7m sans pouvoir protéger. Je fais relais sur un gros arbre.
Ensuite, c’est le tour de Lucas, qui part dans le dièdre le plus à gauche. Là, ça se complique, le rocher est de qualité plus que médiocre, et même Lucas, habituellement fan des tas de cairns, se met à râler, grognement qu’il ponctue de chutes de pierre. Nous, en dessous, on ne fait pas les fiers, malgré mes chansons de parodie d’escalade qui encouragent d’habitude.
Au bout d’un moment, on décide de redescendre. Lucas revient au relais et on organise les rappels.
Ces deux longueurs et demie s’appelleront « Pourquoi il faut aller au sommet des montagnes ? » TD. 60m. Deux longueurs en 5bB 6A, puis que du caillou pourri. Ouvreur John, Lucas, Tom, pas glorieux non plus. Une fois au pied, un homme arrive avec un bidon d’eau. Il nous fait comprendre qu’il nous a vus du bas, et que lorsqu’il nous a vus descendre, il est aussitôt monté pour nous apporter à boire. Il nous invite à venir déjeuner chez lui et nous acceptons. De sa maison, nous avons une vue sur Damo Gelila qui nous permet de voir les autres aux jumelles. Ils sont loin du sommet, ils avancent doucement. Il leur reste bien 100m dans un rocher mauvais et il est 15 h 30… Les talky-walky sont morts, les portables ne passent quasiment pas.
Nous les regarderons ainsi jusqu’à voir les petites lumières des frontales s’allumer, d’abord, puis redescendre doucement. Ils arriveront au camp de base à 22 heures.
Nils dira plus tard : « Je déconseille à toute personne sensée d’aller dans cette voie »

Le 17 octobre, tout le monde a du mal à décoller. Lucas et Nils vont repérer un spot de couenne, où ils ouvriront quelques lignes. Pendant ce temps, Nico, Tom et moi, on s’active plutôt à ne rien faire : sieste, bouquiner, penser, rêver. Mais le camp de base n’est pas propice à la sédentarité :
Il y fait chaud, très chaud, de plus un vent violent souffle en permanence, et lorsqu’il s’arrête, c’est pour nous rappeler que la crème solaire n’est pas inutile.
Au début de l’après-midi, nous essayons d’atteindre le sommet par la voie normale qui nous repoussera une fois encore à cause d’un maquis bien trop dense pour nous. Cependant, en traversant ce maquis en face Nord, il apparaît une barre rocheuse où il serait possible de passer en deux longueurs avant de rejoindre l’arrête sommitale.

Le dernier jour, l’ambiance se tend, on sent que l’équipe n’est plus au top de la motivation au pied de ce monolithe, espoir déçu de belles aventures rendues impossibles par le caillou, le maquis, les serpents et toutes les autres choses auxquelles nous n’avons pas forcement pensé.
Lucas part tout de même avec Mathieu, un ami venu nous prêter main-forte d’Addis. Ensemble, ils réussiront le sommet, par la Voie Normale, en tirant deux longueurs d’escalade comme prévu.
Demain, le minibus vient nous chercher à 8 heures du matin. Nous vivons donc notre dernière soirée en mode camp de base. Voilà plus de deux semaines que le ciel étoilé d’Afrique nous sert de toit, que les bruits qui nous entourent sont ceux des marcheurs, parfois des chants, « au pays de Kirikou » comme dit Tom, ceux des bêtes, et ceux d’une Nature immense. Alors, on se prépare, on ferme les sacs de grimpe, une dernière fois… jusqu’à la prochaine fois, sûrement en France…


Départ pour le retour : en route vers Lalibella

À partir du 19 octobre jusqu’au 21 octobre

Deux jours de route plus tard, avec une nuit à Mékélé dont nous retiendrons ceci du « Dallas Hotel » :
- « Est-ce que les douches fonctionnent ? »
- « Oui… »
- « Est-ce qu’il y a de l’eau chaude. »
- « Non ».
Fonctionner, oui, mais comme quoi il faut toujours poser les questions jusqu’au bout.
La seconde nuit, nous découvrons Waldia. De là deux routes se séparent, l’une va vers Addis, l’autre, vers Lalibella. Carrefour également entre le Tigray, d’où nous venons, et l’Amaras.
Comme tout lieu de croisement, il règne ici une ambiance de piraterie, de saleté, d’aventure à la Laurence d’Arabie, ou plutôt à la Rimbaud, qui a beaucoup traîné ses pas de bohémien par ici.
Nous arrivons à Lalibella le troisième jour. Après toutes ces heures de route, une sieste s’impose. Nous nous reposons tous avant d’aller arpenter cette cité fabuleuse réputée dans le monde entier pour ses 11 églises enterrées à même le sol, creusées, et devenue un lieu de pèlerinage important pour les chrétiens orthodoxes. Nous, là-dedans, on se sent un peu paumés. On n’a pas vu de blancs depuis longtemps, ici, tout le monde parle anglais alors qu’on s’est débrouillés depuis le début en mimes et mimiques, et il y a beaucoup de monde… C’est une ambiance particulière, c’est celle du vrai tourisme de masse, celui que nous ne voulions pas entretenir et évoquer par notre projet. Alors on a le loisir de se sentir en marge, pas local, mais plus vraiment touriste non plus, on sait comment ça fonctionne, on comprend…
Nous y passerons la journée complète du 22 octobre avant de partir dans la nuit du 23 pour Addis. Nous avons, dans la même journée, rencontré un guide religieux, visité avec lui une bonne partie des églises, d’une manière peu courante, fait un tour dans le marché, on s’est dispersés les uns, les autres, pour au final se retrouver et surtout trouver un transport pour le lendemain, pour 5 mecs chargés et devant rentrer à Addis, en mettant tous les prix en concurrence. On n’est pas là un mois pour, à la fin, continuer à payer les prix « farangis » quand même… Avant de partir, nous laisserons un maximum d’affaires au jeune guide qui a été plus qu’un guide mais également un ami. Une grosse journée, où les trois heures de sommeil avant le départ, puis les 15 heures de route nous calmeront tous.
Du coup, nous nous réveillons le matin du 24 octobre, à Addis, un peu rouillés de la route, des pistes, comme sonnés par un séjour qui est allé trop vite, avec l’impression d’avoir sorti la tête du hublot d’un avion en vol, et de ne plus trop savoir comment on s’appelle.

Addis-Abeba

On trie le matériel, on nettoie tout, on répare les tentes, les fringues trouées, on fait les comptes. On discute, ça, c’est toujours notre point fort. Que faire des médicaments ? Du matériel scolaire ? Comment être efficace jusqu’au bout, pas uniquement à la verticale, mais surtout de manière humaine. Alors on rentre avec des contacts de L’ESPACE REINE DE SABBAT et de José Marie Bel, spécialiste de ce pays. Ceux-ci nous orientent pour les dons de médicaments vers la Croix Rouge et se proposent de s’occuper eux-mêmes des dons de matériel scolaire.
Ensuite, nous allons penser au retour, plus encore, aux personnes que nous retrouverons en faisant quelques achats au Merkato, plus grand marché d’Afrique, et réputé pour être le plus dangereux également. D’ailleurs, on nous fera bien comprendre qu’à la nuit tombée, il nous faut partir au plus vite, pour une question de sécurité…
On apprend le jeu du marchandage, et on commence à adorer ça. C’est un vrai système de danse, où l’un fait un pas, en donnant un prix, l’autre en fait un autre, ainsi de suite jusqu’à trouver une concordance des envies. Par contre, ça prend du temps.
Le lendemain, le 26, dernière journée, et pour être fidèles à nos habitudes, on se remet une grosse journée…
Nous rencontrons d’abord les 3 enfants que nous parrainons désormais tous l es 5 pendant 2 ans au moins, avec l’aide d’ Enfants d’Ailleurs, association iséroise, mais surtout de Messieurs Tamrat et Maari qui gèrent sur place à la fois la recherche des enfants non scolarisés, souvent de familles monoparentales issues des ghettos d’Addis, et leur accompagnement. L’accord est le suivant : la mère de l’enfant doit ouvrir un compte bancaire, afin que nous puissions suivre la bonne utilisation des dépenses, et que sur ce compte soient versés de manière mensuelle 20 euros. Les enfants doivent être scolarisés, et nourris.
C’est un temps fort du voyage, nous sommes au moins aussi émus qu’eux, car nous savons ce qu’ils vivent, en tout cas, nous en avons une idée, qui restera sûrement toujours loin de la réalité.
Ensuite, nous allons déjeuner chez Waldé, notre cuisinier du séjour que nous n’avons pas vu depuis une semaine. En effet, à partir du camp de base 2, nous avions laissé Waldé et Ilma rentrer à Addis par leurs propres moyens, tout en les payant jusqu’à notre départ.
Nous passons un agréable moment.
La journée se termine plus calmement, on profite, on s’imprègne de l’Afrique au maximum, on regarde tout ce qu’on n’a pas vu avant, on mémorise tout, on prend le soleil, on aime le rythme… en fait, on aime l’Éthiopie…
Nous partons le soir à 23 heures pour l’aéroport, le décollage a lieu à 4 heures… à 8 h 30, nous sommes au Caire… à 14 h 30, nous arrivons à Paris Charles de Gaule… Sans grande joie au début, en continuant d’être perdus, comme 5 Petits Princes de St Ex, descendus de leurs étoiles… dessinez-nous un mouton !
Horizon éthiopique 2011, termine son voyage, mais désormais, des choses ont profondément été inscrites, certaines dans la roche, d’autre dans les mémoires, et d’autres encore, plus belles, dans les cœurs. A nous de vous les faire partager.


Descriptions des voies

Description de la voie de Nils et Nico « La direct vertaco »

200 mètres ABO- ; 7A + obligatoire, Nils et Nico.
Départ sous un grand arbre à droite d un grand dièdre. Petite longueur ouverte par Nico qui finit par un bon pas de bloc avant un jeté sur racine.6A + 30 mètres.
Ensuite, Nils continue en suivant la ligne de faiblesse pour sortir dans des dalles, 5C de 45 mètres relais à la jonction du dièdre.
L3, Nils s’y colle encore, en partant 3 mètres dans la fissure dièdre. Ensuite traverser sur 5-7 mètres, non protégeable puis remonter les dalles à trous sur encore 30 mètres.6A, engagé de 40 mètres. Nico prend le relais par une traversée de 6 mètres sans protection pour rejoindre la 2e fissure, la plus herbeuse. Puis relais dans le gros dièdre : fissure 6B+, 25mètres. Nils part dans la longueur. Il remonte la fissure évidente en 6B jusqu’à ce qu’elle devienne verticale. De là possibilité de placer 2 beaux friends avant de réaliser une traversée de quelques mètres en 7A + pour rejoindre un gros trou qui et malheureusement plat. Ici, l’engagement est certain 4 à 5 mètres au-dessus du dernier friends dans du 7A. Il faut pitonner à une main. Pour faciliter d’éventuelles répétitions un piton extra-plat et extra-court a été laissé en place. Ne pas hésiter à en rajouter un. Puis continuer dans cette fissure qui se protège bien. Plus on monte plus c’est facile pour finir dans du 6C. Relais sur une bonne terrasse à gauche.7C 35 mètres engagé.
Il est sûrement possible (non réalisé) de sortir à gauche à partir de ce relais pour éviter une longueur plutôt très exposée. Du relais du 7C, Nico se lance dans la fissure déversante sur une dizaine de mètres avec de faire demi-tour face à l’adversité. Nils repart dans la fissure oblique sur la droite sur 10 mètres jusqu’à un arbre environ 6C. Cet arbre est le dernier point convenable, de là, réaliser le rétablissement sur les blocs (on est déjà 7 mètres au-dessus de l’arbre) puis sortir sur une dalle en 6A bloc après avoir réalisé le rétablissement, continuer encore sur 25-30 mètres sur cette dalle compacte (aucune protection possible). 6C 40 mètres expo (penser à garder des 0,75 ou 0,5 pour le relais sinon conserver le marteau). La fin a été finie par Nico tout droit en 5C. Descente à pied dans le maquis.


Couennes :

Grandes voies

La Cochacha :

La montagne des anges :


 

Rapporteur :
Jonathan Bel Legroux

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