Bourses Expé 2017

récit d'expédition [lauréats BOURSES 2016]

Les montagnes sacrées du Tibet oriental

3500 km à vélo de juillet à octobre 2016

De Chengdu à Xian d'Aba (Chine)

Par Linda Bortoletto

 

 

Pendant près de trois mois, j’ai sillonné les régions du Tibet oriental (Kham et Amdo) à vélo, quelquefois à pied, parcourant plus de 3500 kilomètres à une altitude moyenne de 4000 mètres. J’étais partie à la recherche de pèlerins bouddhistes qui se recueillent autour des montagnes sacrées, j’ai finalement découvert un visage différent de celui qui peuplait mon imaginaire.

Un visage où la sérénité a été irrémédiablement troublée, où les traits sauvages se sont parés des oripeaux de la modernité. Mais ce visage m’a peu à peu apprivoisée. En prenant le temps de le connaître, j’ai fini par en découvrir les mystères.

 

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Balangshan pass - 4523m

Passage du premier col dans la brume

Route Garze - Manigango

 Approche du Tibet oriental

 

12 au 23 juillet 2016 – 700 km à vélo

Mi-juillet 2011. Aéroport de Chengdu, ville chinoise de 15 millions d’habitants. Les portes s’ouvrent sur une lourde chaleur. Guillaume, le caméraman qui a décidé de me suivre sur les premières semaines de mon voyage, me devance et appelle un taxi. Objectif : déposer mes affaires à l’hôtel et trouver mon vélo dans la journée pour rejoindre les montagnes himalayennes le plus tôt possible. De part et d’autre des larges boulevards que nous longeons, d’immenses tours d’acier et de verre se reflètent les unes dans les autres. À leurs pieds, des boutiques modernes peuplent les trottoirs. Les Chinois vont et viennent tels des automates plongés dans la mécanique de leur routine. Chengdu a des allures de mégalopole américaine. C’est donc sans étonnement que je tombe sur un magasin de vélos flambants neufs, alignés tels des soldats le long d’une allée au carrelage blanc éclatant. Premier défi relevé. Je ressors quelques heures plus tard avec mon compagnon de route, équipé de l’outillage nécessaire pour braver les pires galères mécaniques, et de deux sacoches à l’arrière, remplies de tout ce qu’il me faut pour la vie nomade : tente, duvet, réchaud, gamelle et couverts, quelques affaires de rechange et surtout, une bonne doudoune pour affronter le froid de nuits passées à plus de 4000 mètres d’altitude.

Le lendemain, je quitte la tentaculaire Chengdu sous le regard curieux des Chinois pour rejoindre une double voie au bout de laquelle se détachent déjà les montagnes. Les premières pentes arrivent le jour suivant sous une pluie fine et tiède. La mousson se rappelle à moi. Les routes se rétrécissent et s’élèvent progressivement à travers une montagne recouverte d’une forêt dense et tropicale, d’où s’extraient des sifflements d’une puissance effrayante. Le passage régulier de camions me contraint à la vigilance et je me rapproche le plus possible du bord de la route.

La région que je traverse a été atteinte par un violent séisme en 2008. Je dépasse plusieurs fois des pancartes qui m’en indiquent l’épicentre. Alors qu’auparavant on pouvait y rencontrer des pandas, tout ce que j’observe n’est que vestige, barrages en construction, tunnels creusés dans la montagne … et humidité. Les premières nuits, je m’arrête dans des motels, trouvés à la dérobée sur le bord de la route, tenus par des Chinois, et où je goûte à la cuisine épicée du Sichuan. Car pour l’instant, tout est encore chinois. Ce n’est qu’à l’issue du premier col à près de 4500 mètres que je distingue avec soulagement les premiers signes du bouddhisme : un chorten, drapeaux tibétains, qui apparaissent au détour d’un virage, sur le flanc d’une montagne. Et pourtant, les enseignes chinoises demeurent omniprésentes : restaurants, boutiques de téléphone mobile, quincailleries. Sur la route, ce sont des enfilades de jeeps blanches qui me dépassent, dans lesquelles je croise les yeux hagards de touristes chinois venus profiter de l’air pur des montagnes. Une question me taraude : à quel point l’influence chinoise a-t-elle érodé la culture tibétaine ?

Dix jours après mon départ, 700 kilomètres et plusieurs cols plus loin, j’arrive dans la ville de Garze. Les visages se sont curieusement adoucis, les têtes sont surmontées de chapeaux de cow-boy, les pierres jaunes, turquoise ou corail ornent les chevelures noires des femmes ou se posent contre leurs chemises. Les cloches des moulins à prières résonnent dans les rues poussiéreuses et de nombreuses échoppes de mala, de thangkas et de sculptures bouddhistes s’ouvrent sur les rues. Avec soulagement, j’ai enfin la sensation d’être au Tibet.

Détail des peintures traditionelles sur une maison tibétaine, Monastère de Dzogchen

Région de Zhuqing
Femme tibétaine

Le Monastère Dzogchen

24 juillet au 12 août 2016 – 311 km à vélo

 

Régulièrement, des monastères se détachent des hauts plateaux que j’ai atteints. La dorure éclatante de leurs toits et le rouge vibrant de leurs façades contrastent vivement avec les prairies où paissent les yaks. Les poteaux électriques également. Sur la route, je tente plusieurs fois de dormir chez l’habitant, mais les Tibétains refusent poliment mon invitation. Derrière leur timide sourire, je devine une certaine crainte d’accueillir une étrangère chez eux. Incontestablement, la répression chinoise a laissé ses stigmates.

À l’approche de la nuit, alors que je m’arrête devant un motel où je rencontre un jeune Chinois qui parle anglais, j’explique ma volonté de rejoindre les montagnes sacrées. Le chinois me désigne alors un Rinpoche – titre bouddhiste octroyé aux lamas incarnés – qui s’apprêtait à partir.  À l’écoute de mes projets, celui-ci me propose de découvrir le monastère dans lequel il vit et m’invite à rester dans la demeure de sa famille, à environ 250 kilomètres de l’endroit où nous nous trouvons. J’accepte. Quatre jours plus tard, j’arrive dans le village de Zuqhing. Le monastère – qui porte le nom de Dzogchen – trône sur les hauteurs du village, cerné par des montagnes qui s’élèvent à plus de 6000 mètres. Saisie par la beauté des lieux, je me mets en quête de la famille du Rinpoche, décidée à passer quelque temps dans cet endroit dont je ressens une certaine fascination. À la simple évocation du prénom du Rinpoche, « Thuga », des villageois me désignent tour à tour la demeure familiale. Je suis alors accueillie chaleureusement par ses parents, ses frères, ses neveux et nièces, qui s’empressent de me conduire dans ce qui deviendra ma chambre. D’abord étonnée par une telle hospitalité, que je n’avais pas encore connue depuis mon arrivée au Tibet, je m’en remets ensuite à la grâce du hasard, qui a rendu une telle rencontre possible.

Les jours qui suivent, je plonge dans les mystères du bouddhisme. Thuga m’initie au bouddhisme dit Dzogchen, ce qui signifie « Grande Perfection ». Mon nom de baptême sera Jenchin Dolma. Après un enseignement sur les mantras, la méditation, les positions de yoga, je pars à la découverte des lieux sacrés de la région, en compagnie de la famille de Thuga. D’abord un lac sacré, où j’assiste à une étonnante cérémonie de libération des canards. Détenus un temps par la famille, les canards renouent avec l’état sauvage après avoir reçu la bénédiction du Rinpoche. Les enfants les poursuivent gaiment jusqu’à ce qu’ils plongent dans le lac, d’un bleu translucide. S’ensuit une longue khora – circumambulation traditionnelle qui se réalise dans le sens des aiguilles d’une montre –  autour du lac, au cours de laquelle je me laisse envahir par la sérénité des lieux.

Le lendemain, je pars dans les montagnes, pour cette fois-ci me consacrer à une semaine de méditation, dans une grotte sacrée. Le plaisir de la marche me revient instantanément. Mes pas s’accordent à ma respiration, raccourcie par l’altitude, et mes pensées disparaissent pour laisser place à la contemplation, pleine et intense. Au loin, un large glacier disparaît derrière des sommets acérés. Plusieurs fois, je longe des lacs où le ciel nuageux se reflète sans aucune altération et semble ainsi veiller sur ma progression. De jeunes moines, d’un pas agile et rapide, redescendent vers la vallée et m’offrent les soupes lyophilisées qu’ils leur restaient. Lorsque je me retourne, ils ne forment plus que de petites taches rouges qui se faufilent entre les rochers.

Une fois dans la grotte, je m’adonne à un précieux ressourcement. Je mesure soudainement la chance de me trouver dans un tel endroit. Rien ni personne ne peut perturber ces instants de paix intérieure, où la certitude de me trouver là où je dois être se couple à l’énergie majestueuse des montagnes qui m’entourent. J’alterne méditation et marche, marche et méditation, observe les aigles planer dans le ciel, et les fleurs qui parsèment le sol. La semaine s’écoule aussi rapidement qu’un sablier qu’on retourne et qu’on aurait déjà oublié. Lorsque je redescends dans la vallée, j’ignore encore quelle sera la suite de mon chemin, mais j’ai la certitude que tout ne fait que commencer.

Nièce du Rinpoche

Traite d'un yak

Plus loin vers l’Ouest

13 août au 5 septembre 2016 – 900 km à vélo

 

La route me rappelle à elle et je quitte Thuga et sa famille dans la joie de renouer avec la liberté et le mouvement. Les paysages des hauts plateaux défilent dans une certaine monotonie. D’interminables montées, qui m’amènent à franchir des cols jusque près de 5000 mètres, torturent mes cuisses et me contraignent de rouler à une vitesse parfois inférieure à 6 kilomètres par heure. Les routes du Tibet forgent ma patience. Contrairement à mes premiers plans, je choisis de me diriger davantage vers l’Ouest, dans l’espoir de découvrir une partie encore sauvage et authentique du Tibet. Car des indications recueillies, la montagne sacrée Amnye Machen que je souhaitais initialement rejoindre est aujourd’hui traversée par une large autoroute, et les pèlerins en feraient désormais le tour … en voiture. La mécanisation et la politique de développement du tourisme ont dramatiquement érodé les traditions.

Plus j’avance, plus l’accueil des Tibétains m’apparaît spontané et chaleureux. Me voici donc conviée à un mariage qui se tient dans des tentes montées au bord de la route. Les familles du couple de jeunes mariés m’intègrent auprès d’eux, m’offrent le couvert et, outre la beauté des costumes traditionnels et les mantras récités par les moines bouddhistes, je retrouve rapidement des points communs à nos célébrations occidentales : des chants, des danses, des toasts portés en hommage des mariés, et un bonheur partagé par l’ensemble des invités. Quelques jours plus tard, ce sont de jeunes nonnes rencontrées au bord d’une rivière qui me proposent de passer la soirée avec elles.  Elles me gâtent de sucreries, de biscuits et de thé et se réjouissent d’apprendre quelques mots d’anglais avec moi. Entre deux tasses de thé, elles me glissent avec aplomb qu’elles détestent les Chinois et les Japonais.

Alors que je parviens en fin de journée à proximité de la ville de Yushu, un afflux de Tibétains vers une petite rue aiguise ma curiosité. C’est de cette façon que le Gyanak Mani se dévoile majestueusement à mon regard. Des milliers de pierres gravées d’inscriptions tibétaines – les mani – sont entreposées au centre d’une vaste place et des dizaines de Tibétains en font le tour. J’apprends qu’il s’agit du plus grand mur de mani du monde. Je me joins à la foule pour réaliser la khora, bercée par un murmure collectif d’où s’extrait une puissante ferveur. Ainsi les traditions subsistent-elles de façon très localisée, telles des sources originelles qui ont résisté à l’oppression.

Les kilomètres défilent et mon compteur dépasse désormais les 1200 kilomètres. Les poteaux électriques, terrifiants arbres métalliques qui scient régulièrement la beauté des paysages, se font de plus en plus rares. Je passe à travers la réserve de Longbaotan. Parsemée de marécages, elle est survolée par une multitude d’oiseaux. J’y reste plusieurs jours et fais la connaissance du directeur de la réserve qui me prête des jumelles pour que je puisse observer la marche gracieuse des grues à col noir. Celles-ci passent l’été dans les hauteurs himalayennes avant de repartir vers des climats plus favorables en hiver.

C’est probablement à partir de cet instant qu’un visage plus sauvage du Tibet se dessine progressivement. Je m’éloigne vers l’ouest et les voitures se font plus rares, à mon grand bonheur. L’unique route que je poursuis coupe de larges étendues verdoyantes, au fond desquelles se dressent les sempiternelles montagnes du Tibet. Je croise quelquefois des antilopes tibétaines, des ânes sauvages ou encore des yaks sauvages, comme cette fois où un orage de grêle s’abat soudainement contre moi, et me contraint à m’abriter sous un pont de fortune, d’où j’observerai un groupe de yaks sauvages remonter vers les montagnes. Suite à l’un de ces violents orages, une famille m’invite à me réfugier chez elle. La mère me sert de grands verres de lait de yak chaud tandis que les enfants m’offrent des bonbons. Leur fille adolescente s’empare de mon vélo pour réaliser d’infatigables allers et retours. Elle s’amuse de ce lourd chargement que je qualifie comme étant « ma maison » et partage de grands éclats de rire avec son petit frère, qui la suit sur son propre vélo. Une belle innocence règne parmi les montagnes tibétaines du Qinghai.

Cette incursion au « Tibet sauvage » prend fin lorsque j’atteins le village de Bu Dong Quan, au croisement de la S308 et de la G109, qui relie Lhassa à Golmud. En Chine, G indique autoroute. Autrement dit, l’enfer du cycliste. Cet enfer durera presque 200 kilomètres où l’enfilade incessante de camions couplée à la force du vent manquent à plusieurs reprises de me déséquilibrer. À l’approche du col Kunlun mountain de 4700 mètres, une tempête de neige me pousse à planter ma tente en catastrophe, à une centaines de mètres de la route. Le lendemain matin, un ciel apaisé m’accueille lorsque je sors de ma tente. Au loin, le haut des montagnes Kunlun se fond dans les nuages, et une lumière diffuse en éclaire les cimes. Je repars sous une météo clémente, franchis le col qui se trouvait à moins de 3 kilomètres de là, puis entame une infinie descente qui me mène jusque la ville Golmud, à l’approche de laquelle les paysages se font beaucoup plus arides, désertiques, et où les pâturages laissent place à la poussière. Je fais abstraction des camions qui me doublent et fige mon regard sur ces montagnes beiges et sable. L’impression étrange de rouler sur Mars se saisit de ma pensée et me plonge hors du temps.

Serxu, four traditionnel

Khora autour du Gyanak Mani, Yushu

Grand-mère tibétaine, Zhidoi

Au pays des Gologs

6 au 30 septembre 2016 – 800 km en train – 200 km à pied – 1440 km à vélo

 

Golmud est une large ville tibéto-mongole d’environ 100 000 habitants. Elle ne présente aucun intérêt si ce n’est que j’y déniche un excellent restaurant tenu par des Hui, les musulmans chinois, où je déguste l’un des meilleurs repas de mon séjour : viande de mouton accompagnée de pommes de terre et d’oignons, le tout grillé au feu de bois. Lors de voyages au long cours, dans des contrées rustiques voire hostiles, les plaisirs les plus intenses sont souvent les plus simples. Je décide de prendre dès le soir même un train de nuit qui m’amènera à Xining, capitale de la province du Qinghai. Je me présente devant le poste de sécurité à 22h – dispositif similaire à un aéroport – et me retrouve bloquée avec mon vélo. Ironie du sort : ce sont les policiers chinois qui gardent l’entrée de la gare qui vont me permettre de passer le contrôle, et m’aident en un temps record à démonter et emballer mon vélo dans des sacs de fortune pour le hisser à bord du train. J’ai à peine le temps de les remercier que la porte du wagon se referme sur moi. Je rejoins ma cabine où se trouvent six couchages superposés. Deux jeunes Chinoises qui parlent un anglais parfait s’extasient de mes origines françaises et c’est sur un « You are so lucky ! French men are so sexy ! » que je me faufile jusqu’à mon lit pour enfin me reposer.

À Xining, je retrouve une atmosphère similaire à celle de Chengdu : culture chinoise, larges boulevards, étonnante sérénité qui jaillit entre deux immeubles, où des groupes de personnes âgées s’adonnent au Tai Chi. Je quitte rapidement la ville – ce qui me prend presque une journée – en me laissant guider par ma volonté de rejoindre les routes les moins fréquentées possible. La G109 m’a en effet laissé un effroyable souvenir. Direction le Sud. Direction l’inconnu. Et ma curiosité se trouve récompensée au bout de quelques jours, où, sous un soleil radieux, des roches d’une couleur intensément ocre, presque rouge, se détachent du ciel bleu avec grandeur. Je me trouve en plein cœur du parc national de Kanbula. L’érosion a sculpté la montagne d’improbables formes, ce qui me renvoie immédiatement aux paysages du Grand Canyon d’Arizona. Je suis fascinée par une telle beauté et remercie mon intuition de m’avoir orientée jusque là.

Je roule désormais sur des routes presque désertes, qui cette fois-ci, ne sont plus des « G quelque chose », mais des « X quelque chose ». Pour la première fois depuis mon arrivée, elles ne sont pas encore goudronnées, exception notable dans un Tibet en prise à une modernisation effrénée. Je traverse de nombreuses villes où les triples cultures – Han, Hui et tibétaines – s’entremêlent dans un respect apparent. Plus je m’enfonce vers le centre du Qinghai, plus le froid se renforce et plus je croise des Tibétains en mobylettes, vêtus d’épais manteaux dont les manches tombent jusqu’au sol, la tête emmitouflée dans de larges écharpes de différentes couleurs. Leurs regards sauvages rencontrent le mien, et plusieurs s’arrêtent à mes côtés, curieux de ma présence dans « leur territoire ». Je fais immédiatement le lien avec ces hommes qu’Alexandre David Néel appelait les « brigands gentilshommes ». J’ai en effet atteint le pays du peuple Golog. C’est alors que je découvre l’existence d’une montagne dans la région, vénérée par ce peuple, puisqu’ils m’indiquent qu’elle leur aurait donné naissance : le Nyenpo Yurtse. Contrairement au Amnye Machen, dont je souhaitais initialement réaliser le pèlerinage, le Nyenpo Yurtse semble encore préservé du tourisme. À son approche, je suis toutefois surprise par une barrière qui en bloque l’accès, et nécessite le paiement d’un ticket d’entrée.

Le lendemain, après avoir laissé mon vélo chez des nomades qui m’offrent un lourd sachet de viande de yak « pour la route », me voilà en mode randonneuse, partie pour cinq jours de marche en autonomie autour de cette montagne sacrée. Je m’amuse de ma solitude alors qu’au départ, je pensais rejoindre des pèlerins bouddhistes. Si je ne les ai pas croisés sur mon chemin, c’est probablement pour deux raisons différentes : soit je ne me suis pas rendue aux bons endroits, aux bons moments, soit, comme le sous-entendait le Rinpoche du monastère de Dzogchen, ils sont tous en jeep. Le fait est que le Nyenpo Yurtse accueille mes pas avec bienveillance puisque, malgré les cols abrupts à près de 4000 mètres, malgré l’absence de tout chemin ou signal pour me repérer parmi les montagnes et d’épais rhododendrons (j’avais pour seule carte des copies d’écran de Google satellite téléchargées sur mon Smartphone), malgré les marécages et les loups que j’entends pendant la nuit, je parviens à bout de cette traditionnelle khora, que considèrerais comme étant mon propre pèlerinage. Tel est le point d’orgue de ce voyage de près de trois mois, qui se terminera plusieurs centaines de kilomètres au Sud, dans la ville d’Aba, d’où je reprendrai un bus pour Chengdu, évitant savamment de rouler sur une « G quelque chose », bondée de voitures et de camions, et de touristes chinois en quête de consommation.

Suis-je déçue de n’avoir pas rencontré les pèlerins que je recherchais ? Certainement pas. Le Tibet oriental m’a transmis un précieux enseignement : il nous faut tracer notre propre voie, indépendamment de celles que d’autres ont suivies avant nous. Car celles-ci n’existent plus, ou ne nous sont simplement pas destinées. Là se situe la véritable richesse d’une expérience qui n’appartient qu’à nous seuls.

Route Rebkong - Zeku
Mille et une fées bleues

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