Bourses Expé 2017

récit d'expédition [lauréats BOURSES 2014]

Hole Bilong Stone

Une reconnaissance spéléologique sur une zone karstique vierge des montagnes Baining.

PAPOUASIE NOUVELLE-GUINÉE - 18-28 mai 2014

Cascade-Towanokoko. Photo JP Sounier

Naissance du projet (mars 2012)

 

Arrêt île 5 - Photo JP Sounier

 

Nouvelle-Bretagne ? Cette île située au nord-est de la Nouvelle-Guinée est la deuxième plus vaste de l’archipel qui forme la Papouasie Nouvelle-Guinée. Trois karsts occupent une grande partie de sa surface. Deux géants ; le plus à l’ouest est la chaîne des Whiteman où les spéléologues français ont explorés le réseau Arrakis. Au centre, les fameuses montagnes des Nakanaï qui recèlent entre autres le réseau du Casoar, premier moins mille de l’hémisphère sud. Ces deux massifs calcaires ont attiré les spéléologues comme la lumière les insectes nocturnes, détournant ainsi leur regard du troisième karst qui est ainsi resté inexploré jusqu’à aujourd’hui. Pourtant, 600 kilomètres carrés de calcaire dont la surface est truffée de dolines et de pinacles attendent les explorateurs. Le massif démarre au ras des vagues de la mer de Bismarck pour culminer à 1750 mètres ! Des karstologues lui ont donné le nom de Raulei range, pourtant ce nom désigne une suite de sommets non calcaires située au nord du karst. Quel nom donner à une expédition dont le but serait d’explorer pour la première fois ses entrailles, déterminer ses drainages souterrains, topographier ses labyrinthes espérés de grottes et gouffres, photographier ses beautés secrètes ? Le pidgin que les Papous utilisent pour communiquer entre eux fournit une réponse évidente : « hole bilong stone » qui veut dire grotte.

 

Carte des secteurs explorés avec les WPTs

 

La phase de préparation (fin 2012 à mai 2014)

 

L’annonce du projet n’a eu lieu que vers la fin de l’année 2012 ; bouche à oreille, forums spéléo, sites sociaux ont été les vecteurs de communication. Les candidatures n’ont pas afflué mais six à dix personnes suffisent pour une reconnaissance. Monika Kozlowska est la première à adhérer. Elle a participé aux expéditions de 1995 et 1998 à Muruk, puis à une expédition de reconnaissance en 2000 aux Philippines. En juin 2013, le nombre total de spéléos intéressés est de quinze, mais plusieurs désistements réduiront la taille du groupe. Début février, le nombre chute à deux. L’annulation est un moment envisagée. Bruno Guiter, guide de haute montagne et membre de Wowo 2012, confirme sa participation. Le quatrième spéléo à s’engager définitivement est David Parrot, rencontré lors du congrès national de la Fédération Française de Spéléologie à Millau, en mai 2013. Bruno Hugon, qui a participé à l’expédition Wowo 2012, se décide après avoir longtemps hésité, principalement à cause de l’investissement financier. Il met au courant du projet l’une de ses amies résidant à Tahiti. Manon Moreau et Bruno se connaissent depuis pas mal de temps. Ils ont participé à des expéditions en Crête. Manon est disponible puisqu’en congé sans solde, mais pour elle, c’est surtout la cherté des vols depuis Tahiti qui la fait hésiter ; finalement, elle parvient à dénicher un voyage aux multiples arrêts mais à un prix raisonnables. Elle devient la sixième et dernière participante de l’expédition dirigée par Jean-Paul Sounier qui en est à sa douzième expéditions en Papouasie Nouvelle-Guinée.

 

 

Le projet est sélectionné par les Bourses Expé. La bonne nouvelle tombe fin mars, c’est-à-dire à un mois et demi du départ vers le mystérieux karst ! Expé contribue par une dotation financière et plusieurs entreprises participent par une dotation en matériel ; il s’agit de Petzl, Béal, Julbo et North Face.

 

 

La pré-expédition (18 mai au 26 mai 2014)

 

Le 18 mai, départ de trois membres pour la pré-expédition ; ce sont Monika Kozlowska, Bruno Guiter et Jean-Paul Sounier. Une chambre a été réservée au Seaview Beach Resort réservé qui offre un bon compromis qualité-prix. De plus, il est à l’écart de Kokopo et en bord de mer. Grâce à cette situation, les préparatifs logistiques gardent un petit air de vacances sous les cocotiers ! Si les achats de vivres et de matériel divers ne posent aucun problème, l’inconnu reste le moyen de locomotion pour se rendre sur notre zone. Jean-Paul a la certitude que, grâce à l’effectif réduit de l’équipe ainsi que la relative proximité du karst, le voyage se fera en banana boat, grosse barque en coque aluminium munie d’un ou de deux moteurs hors-bord à l’arrière. D’ailleurs le matin, sur la plage qui jouxte l’hôtel, il y en a une dizaine qui quittent le rivage dès les premiers rayons du soleil. Mais leur destination est la Nouvelle-Irlande, à l’opposé de l’objectif de l’expédition.

 

Stéphanie, la gérante de l’hôtel suggère que, pour notre destination, il est préférable de se rendre à Lunga Lunga, non loin de Kabaira. Là est le point de départ des banana boats pour Open Bay et Kimbé.

 

L'équipe de l'expédition, de gauche à droite: Bruno Hugon, Bruno Guiter, David Parrot, Monika Kozsloska, Manon Moreau, Jean-Paul Sounier.

 

Nous nous y rendons. La location d’une barque nous coûterait 1200 kinas (environ 360€)? Il nous en faut deux en raison du volume du matériel et des vivres. Au retour de notre virée, Stéphanie nous annonce qu’elle a contacté Kabaira Dive et que l’on pourrait avoir deux bateaux, dont l’un plus confortable que les classiques banana boats en raison d’un toit pour se protéger du soleil, pour 2500 kinas. Vu le sérieux du personnel de Kabaira Dive et la petite touche de confort supplémentaire, nous acceptons la proposition. Bruno Hugon et David Parrot débarquent à Kokopo le 25 mai. Manon Moreau arrive le jour suivant.

 

Le voyage vers l'objectif (28 mai)

 

Arrivée sur zone à bord d’un « banana boat ».

 

Le 28 mai, le réveil est tôt, très tôt ; 5 heures du matin ! Un camion nous achemine avec tout notre barda jusqu’à Kabaira Hideaway. Le matériel passe directement de la benne du camion à l’intérieur des deux bateaux. Appareillage à 9 heures du matin. Vers l’ouest se profilent les sommets de la chaine des Baining qui forment l’ultime relief de la péninsule Gazelle avant de céder la place à la mer de Bismarck.

La longue crête de notre karst domine de peu les sommets non calcaires qui ont pour noms Dages range et Raulei range. Après trois heures de navigation, nous faisons halte sur une île minuscule ; tout juste quelques cocotiers entourés d’une plage de sable presque blanc. Nous accostons et constatons que nous ne sommes pas les seuls. Trois banana boats sont déjà échoués sur le sable, leur cargaison humaine à terre. Nous descendons et nous nous dirigeons vers les cocotiers. Là, nous avons la surprise de découvrir quelques étals derrière lesquels des femmes attendent le chaland. Sur les tables sont disposés leurs produits : noix de coco prêtes à être décapitées pour livrer leur jus, galettes faites à base de farine de tarot, poissons séchés et surtout des langoustes déjà cuites vendues pour la somme de 4 kinas l’une, soit 1,2 euro. Deux d’entre elles vont constituer notre déjeuner.

Reprise de la navigation ; Au cap Lambert, la direction devient sud-ouest, puis plein sud après avoir croisé le cap Pomas. La côte est toujours aussi sauvage, la forêt omniprésente. Les deux bateaux doivent louvoyer entre des récifs qui nous permettent un bref aperçu de la richesse de la vie sous-marine. Nous approchons de notre destination. Nous scrutons les montagnes qui plongent dans la mer. Les formes plutôt pyramidales s’interrompent pour laisser place à un plateau incliné bordé de falaises abruptes. Le GPS affiche Pondo harbour, l’objectif d’accostage, à une vingtaine de kilomètres. Il n’y a plus de doute, notre montagne calcaire inconnue est bien là !

 

 

Le bateau longe maintenant le karst. Des mangroves, le calcaire recouvert de forêt grimpe abruptement jusqu’à 200 à 400 mètres selon les endroits. Puis, plus à l’intérieur, le plateau s’élève par une succession de marches monumentales qui lui fait gagner ainsi chaque fois deux à trois cent mètres. Au-delà d’une altitude estimée à près de 1000 mètres, les nuages dissimulent les pentes sommitales qui culminent à plus de 1700 mètres au Mont Hiran. Puis, vers le sud, le relief s’adoucit. La mangrove cède la place à une plage de plusieurs kilomètres de long. Nous apercevons un Toyota 4×4 à la lisière du sable et décidons d’accoster. Le véhicule à l’air abandonné. À peu de distance, nous tombons sur une maison à demi-achevée. Faire tout déballer sur cette plage et laisser le bateau repartir ne nous enthousiasme pas. L’un des skippers hèle un groupe de femmes qui marche vers nous. Elles nous disent qu’un peu plus au sud, il y a les installations d’une compagnie forestière malaise et que nous pourrons nous renseigner ainsi que trouver un véhicule. Nous y allons et entrons en contact avec le manager, un Malais. À la fin de nos explications quant à notre présence inattendue, il se dit prêt à nous aider. Il met à notre disposition son 4×4 que son second conduit. Dans la foulée, nous déchargeons notre matériel et entassons le plus que l’on peut dans le 4×4 rutilant du manager.

 

 

Nous empruntons une mauvaise piste vers le nord pour nous retrouver exactement au même point que deux heures auparavant, mais, cette fois-ci, nous rencontrons Robin le propriétaire du 4×4 en panne, qui se présente comme un responsable du village de Poniara, là où nous voulons justement aller. Il prend les choses en main et une heure plus tard toute l’équipe et le chargement se trouve sur la berge en rive gauche du fleuve côtier Towanamaronga. Peter ne veut pas traverser la rivière avec le 4×4 tout neuf de son patron. Poniara n’est qu’à environ une demi-heure de marche mais l’ennui est que nous avons 51 charges de poids et volume divers. Robin, toujours enthousiaste, recrute tous les Papous des alentours ; hommes, femmes, enfants de retour de l’école sont réquisitionnés et, comme par magie, notre tas de sacs et de paquets disparaît aussi vite qu’un château de sable submergé par une vague. La rivière d’un débit d’environ quatre mètre cube n’oppose aucune difficulté pour la traverser. Ainsi, peu avant le crépuscule nous sommes à Poniara, dans le périmètre de l’école pour être plus précis, car Robin nous a dit que c’était là qu’il faudrait que nous soyons hébergés.

 

Démo aux villageois de déplacement sur corde - Photo JP Sounier

 

Nous rencontrons les instituteurs qui habitent à proximité. Après avoir fait les présentations et expliquer la raison de notre séjour, ils désirent se consulter pour décider de ce qu’ils peuvent nous proposer. Finalement, ce sera la bibliothèque de l’école, située au premier étage d’une petite bâtisse en bois. Le soir, nous découvrons avec joie qu’un néon éclaire la terrasse. L’électricité est fournie par les panneaux solaires installés sur le toit d’un des bâtiments de l’école. Le néon fonctionne de 19 heures jusqu’à 22 ou 23 heures selon l’ensoleillement de la journée.

 

 

Le lendemain matin, peu après le début des classes, Nathan, un des responsables de l’école, vient nous voir ; il est accompagné de deux chasseurs, la bouche ravagée par le bétel. Ils se nomment Ambrose et Paul. Ils connaissent de nombreuses cavités plus ou moins loin de Poniara. Nous nous mettons d’accord pour aller d’abord aux plus proches. Après déjeuner, c’est Robin qui à son tour vient nous voir. Il exhibe une feuille de papier sur laquelle il a écrit notre programme pour les prochains jours. Quinze cavités sont énumérées, ainsi que le nom des guides et des porteurs. En fin de liste, une date : le 18 juin; une cérémonie sera organisée en notre honneur avec au programme la « spear dance » (cela peut de se traduire par danse de la lance, mais ce que les danseurs portent pendant cette cérémonie n’est pas une lance) et la danse du feu. Nous n’en revenons pas ! Non seulement l’accueil est des plus chaleureux mais, en plus, on nous a concocté un programme de prospection ! Autres points forts : le cadre idyllique de notre résidence et, à tout juste une centaine de mètres, l’eau cristalline du fleuve côtier Towanokoko, au débit d’environ cinq mètres cube par seconde à l’étiage, la garantie de bains rafraichissants. Le paradis en quelque sorte! Notre moral est au plus haut d’autant plus que plusieurs Papous nous ont révélé l’existence d’un trou souffleur dont le courant d’air est si fort, qu’un hélicoptère ne peut l’approcher. S’agirait-il d’une résurgence ou d’un regard en basse altitude sur un réseau important ? Le problème est que pour y aller, il faut attendre de pouvoir disposer du banana boat de la communauté.

 

 

Phase 1 ; le karst côtier (30 mai au 4 juin)

 

Pendant cette phase, nous allons rayonner autour de Poniara et se rendre sur des karsts s’étageant du niveau de la mer à 400 mètres d’altitude. Pour être plus efficace, nous allons opérer en deux groupes de trois.

Le 30 mai, une résurgence hélas impénétrable est atteinte. Puis nous explorons une petite grotte horizontale et deux gouffres.

 

Photo Bruno Hugon

 

31 mai : sur le même massif, exploration de la perte de Miriyam pour l’équipe composée de Bruno Hugon, Bruno Guiter et Manon Moreau. Exploration d’un gouffre non loin de Miriyam pour la deuxième équipe formée de Monika Kozlowska, David Parrot et Jean-Paul Sounier. Cette équipe se rend ensuite à une résurgence vauclusienne et explore un gouffre situé au-dessus. Puis elle explore les grottes d’Eluyi 1 et Eluyi 2.

 

Photo Bruno Hugon

 

Photo Bruno Hugon

 

Le 2 juin, fin de l’exploration de Miriyam qui développe 860 mètres de galerie et atteint 115 m de profondeur. Quatre cavités sont vues par l’autre équipe dont la grotte de Maraing où se trouve une importante colonie de chauves-souris. La grotte révèle une salle de 70 mètres de long.

L'ÉQUIPE

 

Monika Kozlowska,

 

Manon Moreau,

 

Bruno Guiter,

 

Bruno Hugon,

 

David Parrot,

 

Jean-Paul Sounier (responsable du projet).

 

 

 

Plan et coupe de la grotte de Miriyam

 

3 juin : reconnaissance sur une autre partie du karst. Les Papous veulent nous montrer le trou soi-disant souffleur. Il faut le bateau pour se rendre sur site. Durant une longue journée de marche, un trou empli d’eau, un orifice en paroi inatteignable sans de l’escalade artificielle et un gouffre hélas sans courant d’air vont être vus. La marche se terminera par une progression difficile dans une mangrove.

 

Crapahut dans la mangrove. Photo JP Sounier

 

Phase 2 ; la zone autour de Wilainbemki (6 juin au 12 juin)

 

Après ces reconnaissances sur le karst côtier, nous décidons de passer à la deuxième phase de nos recherches. L’idéal serait d’aller sur la partie du karst situé au nord de Poniara, celle qui part de la côte et culmine à 1750 m, mais les Papous ne connaissent aucun moyen d’accès. Un autre objectif est d’aller à l’est, vers les parties hautes des bassins des deux fleuves côtiers : Towanokoko et Towanamaronga. Ces rivières résurgent-elles de la base des karsts qui se trouvent plus à l’est ? Sur les photos satellites de Bing, Jean-Paul a repéré un emplacement à voir sur la Towanokoko ; il semble qu’au niveau d’une falaise, il peut y avoir soit une cascade, soit pourquoi pas une résurgence. Nous organisons notre séjour prévu pour durer une semaine.

Jean-Paul propose d’installer un camp aux alentours de l’ancien village, Wilainbemki, situé à 600 mètres d’altitude. Jadis, les Papous ne vivaient pas sur la côte, mais dans l’arrière-pays. Le village a été déserté il y a 40 ans, sous l’initiative d’un prêtre allemand, afin de regrouper sur la côte tous les habitants alors disséminés sur les reliefs. Les Papous utilisent peu le nom de Wilainbemki; Il lui préfère olpela peles, the old place, c’est-à-dire l’ancien endroit. Ken fait toujours l’intermédiaire entre nous et les porteurs, en particulier Ambrose. On se met d’accord pour une montée le vendredi 6 juin, avec un départ tôt, 7 heures, et 12 charges.

Des problèmes de compréhension avec Ambrose, de réticences, voire de mauvaise volonté fait que nous ne serons opérationnels sur cette zone que le 8 juin.

 

Photo Bruno Hugo

 

Durant les trois jours de réelle efficacité, l’équipe va rayonner autour de l’ancien village. Les émergences des rivières remontées jusque vers la base des karsts vont se révéler impénétrables. Une grotte située à 1320 m d’altitude ne va livrer qu’une vingtaine de mètres de conduits étroits. Quant à la tache blanche repérée sur photo satellite, elle va se révéler aux yeux de Bruno Hugon, Jean-Paul et les trois Papous sous la forme d’une splendide cascade de près de 100 m de haut et qui n’est autre que le fleuve côtier Towanokoko. Cette découverte prouve l’inexactitude de la carte topographique de la zone puisque les cartographes y ont dessiné le cours de ce cours d’eau vers le nord. En fait, la Towanokoko prend sa source non pas au nord de là où se trouve la chute d’eau mais quelque part au-dessus de la cascade. En fait, plusieurs ruisseaux sont issus de sources à la base du karst qui se trouve plus à l’est ; ils se rejoignent avant de dévaler la falaise. C’est pour cela que sur la photo satellite, on ne distingue pas de cours d’eau plus en amont, car indécelables sous l’épais couvert végétal. Quant aux sources, il est à parier qu’elles sont du type de celles découvertes les jours précédents : des fissures impénétrables !

 

Crapahut Ekil, JP Sounier

 

Le bilan de nos recherches s’avère décevant ; le karst côtier n’a révélé que de petits réseaux. Les deux fleuves côtiers qui drainent le centre de la zone karstique ont des sources à altitude élevée et de plus elles sont impénétrables. Les deux cours d’eau coulent ensuite sur une roche non karstifiable, certainement des marnes. Cette couche se retrouve-t-elle sous les reliefs calcaires qui sont indiqués sur les cartes par « karst » ou « numerous sinkholes and limestone pinacles ». Si cela est le cas, alors l’épaisseur du calcaire est faible. Nous approchons de la mi-juin, et donc il faut rentabiliser les jours qui nous restent. Il y a bien la zone qui part de la mer et monte vers la crête où se trouve le Mont Hiran, mais les Papous ne connaissent aucune voie d’accès. Où se trouve donc l’eldorado spéléologique tant espéré, si Eldorado il y a ?

 

 

Jeudi 12 juin : nous arrivons à Poniara en milieu d’après-midi et notre première action est d’aller se jeter dans la Towanokoko. Ken, le directeur de l’école, vient nous voir. Nous lui contons notre séjour et lui faisons part de notre déception quant aux résultats spéléos. C’est alors que Ken nous dit que Peter, la personne chargée de piloter leur banana boat, est de retour et qu’il connait au-dessus de son village une grotte d’où sort une rivière. Le village qui ne figure pas sur la carte s’appelle Morokidam.

 

Phase 3 ; Guarem et Alangdarim (14 juin au 29 juin)

 

Cette phase 3 débute par un raid le 14 juin pour vérifier les dires de Peter. Ces renseignements s’avèrent exacts puisque nous explorons une résurgence dont la rivière débite 5 mètres cubes par seconde mais qui, hélas, se termine rapidement sur siphon. Une petite grotte vite bouchée et un puits nous sont également montrés. Cette rapide reconnaissance apporte deux bonnes nouvelles ; la première est que la présence d’une telle résurgence prouve qu’il existe un drain souterrain important qui provient de montagnes grimpant allègrement au-dessus des 1000 mètres d’altitude. La deuxième est que Kasimir, un habitant de Morokidam, nous révèle l’existence d’un jardin situé haut dans la montagne et qu’il y a un bon chemin pour s’y rendre. Le jardin se nomme Alangdarim.

 

Photo Bruno Hugon

 

Un raid de deux jours est organisé avant le départ de Bruno Hugon et Manon Moreau. L’équipe composée de Bruno Hugon, Bruno Guiter et Manon Moreau se rend au jardin d’Alangdarim, dont l’altitude va s’avérer être de 930 mètres. Ils y explorent 10 puits de profondeur allant de quelques mètres à 43 mètres. Pendant ce temps, la deuxième équipe fait des photos dans Guarem et explore le puits montré quelques jours auparavant. Il ne fait que 18 m de profondeur. Puis le lendemain, elle remonte la rivière Ekil à la recherche d’éventuelles résurgences ; résultats négatifs, mais de beaux paysages photographiés.

La phase 3 est interrompue par une cérémonie où les Papous exécutent la « spear dance » et la danse du feu, puis par le départ de Bruno Hugon et Manon Moreau.

 

Fête papoue - Photo JP Sounier

 

Nous reprenons nos recherches le 20 juin et profitons du bateau qui ramène de Bruno Hugon et Manon Moreau à Kokopo pour se faire débarquer à Morokidam. La montée va prendre 5 heures puisque la dénivelée positive est de 1230 mètres, la négative 300 m. Nous établissons le camp près du jardin d’Alangdarim où se trouvent une petite source et deux cabanes pour loger les Papous.

 

Photo Monika Kozlowska

 

Dimanche 22 juin : la prospection autour d’Alangdarim démarre. Elle se fait vers l’est, c’est-à-dire que nous gagnons de l’altitude, ce qui n’est pas pour déplaire. Avec une résurgence à 100 mètres d’altitude, trouver une entrée au-dessus des 1100 mètres signifierait la possibilité d’un -1000 mètres, comme quoi l’espoir fait vivre ! Nous descendons sept puits, qui se finissent hélas comme ceux descendus par Bruno Hugon ; c’est soit un colmatage qui peut être de blocs ou de terre, soit une fissure trop étroite. Les puits circulaires se finissent par un colmatage alors que les puits-failles nous opposent d’impénétrables fissures qui absorbent en revanche l’eau qui s’y précipitent lors des pluies. Sur le chemin, nous tombons sur un énorme python en train de digérer sa proie ; soit un wallaby, soit un bédicou (petit rongeur) d’après les Papous.

 

Guarem cave - photo JP Sounier

 

Guarem cave- photo JP Sounier

 

Guarem cave - photo JP Sounier

 

23 juin : nous explorons 9 autres cavités dont 3 puits plus profonds : 27, 31, 20 mètres de profondeur. Mais les résultats sont identiques ; ça ne passe pas ! Le même scénario va se répéter au cours des prochaines prospections; plusieurs cavités descendues, mais aucune ne dépassant les 45 mètres de profondeur. Pourtant nos recherches vont rayonner tout autour d’Alangdarim. Pour être plus efficaces, les Papous ne vont pas se contenter de tailler. Ils vont descendre dans les grandes dolines pour voir le point d’absorption. Si c’est visiblement sans espoir ils passent à la suivante. S’il y a un puits et que les cailloux dévalent sans qu’ils puissent voir le fond, alors ils nous disent d’aller vérifier. Grâce à cette technique, nous allons explorer trente puits au cours de notre séjour à Alangdarim. Avec les dix cavités de Bruno, ce sont donc 40 puits que notre équipe va descendre dans cette zone que nous pensions être la plus intéressante. Mais pas d’accès au collecteur de Guarem, et même pas un gouffre profond pour se défouler ! Le moral va suivre une courbe inversement proportionnelle à celle de notre fatigue cumulée. Le 29 juin, nous descendons à Morokidam où nous attendent Peter, Ken et le banana boat.

 

Descente puits - Photo JP Sounier

 

 

Epilogue

 

Mardi 1 juillet ; c’est le départ, avec les adieux à tous nos amis papous. Seize gamins portent les sacs de matériel collectif là où nous avons donné rendez-vous au bateau de Kabaira dive. Nous sommes en avance et profitons du calme matinal sur la longue plage où nous avons accosté il y a presque six semaines. Vers le sud, l’imposant cône du volcan Ulawun trône sur les montagnes de la Nouvelle-Bretagne. Un tout petit peu plus au sud, se trouvent les Nakanaï, l’eldorado spéléologique de la Papouasie. En venant sur le massif que nous nous apprêtons à quitter, nous espérions la découverte d’un nouvel Eldorado, plus petit certes que les Nakanaï, mais plus facile d’accès et, surtout, vierge de toute exploration. Les résultats spéléologiques n’ont pas été à la hauteur de nos espérances, mais au moins une reconnaissance a eu lieu, et cela justifie notre venue. En revanche ce voyage est, pour nous tous, une grande et belle aventure. Chaque participant a parcouru plus de cent kilomètres sous les frondaisons d’une forêt pluviale intacte et progressé dans le lit de rivières de toute beauté.

 

 

Au niveau spéléologique, 2500 mètres de conduits souterrains ont été explorés dans 70 cavités. L’accueil chaleureux des Papous nous a tous ému aussi le regret de ne pas revenir sera-t-il d’autant plus grand. Nous n’oublierons pas la petite foule de Papous agitant leur bras en signe d’adieu sur la grande plage de Pondo.

 

 

Remerciements

 

L’équipe remercie les sponsors suivants :

Expé (Bourses Expé), Petzl, Béal, Julbo, The North Face.

 

Et les Papous :

Ken Billy,

Joyce et Neville (Nathan) Laisut,

et tous les habitants de Poniara qui nous ont aidés : Ambrose, Paul, Francis, Alfred, Robin, etc.

 

 

Les Bourses Expé sont organisées par la société Expé, avec le soutien de :

SAS Expé-Spélémat, • www.expe.fr • Tél. 04 76 36 02 67 • e-mail : expe@expe.fr • mentions légales

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