Bourses Expé 2017

récit d'expédition [lauréats BOURSES 2013]

À chacun son Thaki

Ouverture d'un sentier dans la cordillère Apolobamba

BOLIVIE - Mai 2013

Vincent Kronental (à gauche) et son équipe le 12e jour. L’équipe à l’arrivée savoure une bière locale.

BLOG

 

L'ÉQUIPE

 

Vincent Kronental,
25 ans

 

Anne Bialek (42 ans)

 

Sergio Condori Vallejo (32 ans)

 

et une équipe de

guides boliviens:

 

Juvenal Condori
Vallejo (23 ans)

 

Nolberto Soliz
Mamani (43 ans)

 

Eduardo Unzueta Landivar (41 ans)

 

Rolando Tarqui
Choque (32 ans)

 

Hugo Ayaviri Quispe (35 ans)

 

Ignacio Pacajes Silvestre (32 ans)

 

Julio Choque Alana (35 ans)

 

Eulogio LLusco Alani (48 ans)

 

Pacifico Machaca Blanco (27 ans)

 

Andres Kuispe (42 ans)

 

Jherny Kuispe (20 ans)

Le projet

« L’essence de ce projet était de partager notre passion de l’expédition avec une équipe de Boliviens dans la cordillère Apolobamba, isolée et dénuée du moindre « Thaki », chemin en langue aymara.

L’expédition complète était programmée sur 14 jours. L’idée était d’ouvrir une nouvelle voie du sud au nord de cette chaine de montagnes, par le versant Altiplano, versant Ouest, en collant au plus près des glaciers.

Il était prévu l’ascension de 5 sommets culminant entre 5700 et 6000 m. Ce challenge sportif nous permettait aussi d’impliquer nos amis guides de montagnes boliviens qui n’ont pas cette culture de l’exploration. Au delà du défi physique, cela en faisait un parcours initiatique pour ces locaux. L’idée était de mettre en valeur ces Hommes boliviens qui ont choisi de vivre de leur passion dans un pays où les montagnes sont des lieux sacrés et chargés d’histoire. »

TEXTE ET PHOTOS PAR VINCENT KRONENTAL (25 ans)

 

Voici le résumé de notre aventure « A Chacun son Thaki en Bolivie »

en quelques mots et chiffres clés :

12 jours d’expédition // 12 passionnés // 10 Boliviens // 2 Français // 1 femme // 5 ascensions réalisées // 8570m de dénivelé positif cumulés // 92h30 de marche soit plus de 45% du temps effectifs de l’expé // 2 ascensions en 1 journée = 17h10 de marche = 1800m de dénivelé positif à plus de 4 800m d’altitude // Pluie // Émotions // Découvertes // 150m à 70° par -15°c // Suivre de près ou (et surtout) de loin le rythme de guides UIAGM Boliviens // Expérience d’une vie // Moins 3kg à l’arrivée // Paysages Uniques // Apprentissages // Parois Verticales // Ronflements // Réveil à 23h // La vie entre 1 corde et 4 pointes de crampons // Remises en question // Buena Onda // Riz Pommes de Terre // Épuisement // Froid // Sourire // Réussite !!

 

Compte rendu chronologique

C’est ce jeudi 16 mai 2013 que nous allions enfin nous lancer dans cette grande aventure qui nous occupait l’esprit nuit et jour depuis près de 5 mois. Manger Apolobamba, dormir Apolobamba, marcher Apolobamba, courir à 6 heures du matin pour s’entraîner Apolobamba… tel était notre quotidien avant le départ !

Ce projet sportif, déjà très ambitieux, prévoyait l’ascension de 5 sommets totalement inconnus au cours d’un trek de 14 jours… qui se sont transformés en 12 jours… histoire d’augmenter un challenge déjà impressionnant !

C’est sous la pluie que nous entamons notre aventure depuis Lagunillas, situé à l’entrée de la cordillère Apolobamba, du côté amazonien. Pour sortir de ce versant, nous devions atteindre notre premier camp de base au pied du Cavayani, la première de nos 5 ascensions.

Nous avions tout prévu dans les moindres détails, le matériel, le gaz et la nourriture pour 14 jours en autonomie complète… mais pourtant un élément de taille nous avait échappé… La météo !

Nous n’avions même pas pris le temps de regarder les prévisions… car dans ce pays d’Amérique du Sud, on ne part pas en montagne dans les mêmes conditions qu’en Europe.

Il est en effet quasiment impossible d’avoir des prévisions météorologiques fiables.

Les deux premiers jours de l’aventure ont été marqués par un taux d’humidité proche des 100%. C’est avec une visibilité quasiment nulle que nous progressions dans ces vallées inconnues. Une fine bruine bretonne à environ 4000m d’altitude réduisait à néant nos chances d’effectuer notre première ascension prévue le deuxième jour. Nous décidions alors d’annuler cette ascension, convaincus de trouver un autre sommet à gravir pendant l’expé étant donné la richesse de l’environnement.

Au matin du second jour, nous partions tout de même observer ce sommet qui nous avait fermé ses portes… C’est à ce moment là que la motivation de toute l’équipe pour ouvrir de nouvelles voies dans leur propre pays s’est démultipliée !…

Rare sont les moments où ces professionnels de la montagne (une trentaine dans tout le pays) ont l’occasion de partir ensemble faire des ascensions, ouvrir de nouvelles voies ou inscrire leur nom dans la découverte de nouvelles chaines de montagnes…

C’était aussi l’un des nombreux objectifs de notre Aventure… Humbles, timides mais pour autant passionnés et compétents, ces Boliviens d’origine Aymara, une des 37 communautés reconnues officiellement en Bolivie, avaient l’habitude de laisser aux étrangers l’honneur d’ouvrir de nouveaux « Thaki »…

Ce projet franco-bolivien était donc une grande première dans ce pays qui regorge de sommets où de nombreuses voies restent à découvrir !

Après seulement 2 jours, nous avons décidé d’un commun accord, de prendre un jour de repos.

Continuer notre aventure dans des conditions plus agréables nous semblait essentiel: sécher le matériel, profiter d’une « bonne nuit » de récupération (autant qu’elle puisse l’être à 4720 m d’altitude)…

Mais quand on a des fourmis dans les jambes, l’inactivité pèse et nous avons donc aussi profité de cette journée pour effectuer quelques repérages pour le défi du lendemain : traverser l’Ullakaya culminant à 5820m d’altitude, redescendre sur un plateau glacial situé à 5200m, puis enchaîner avec une autre ascension, le Condorini à près de 5700m d’altitude…

Avec les Boliviens, faut pas perdre de temps ! 1 ascension annulée, 2 jours plus tard, ils se débrouillent pour en faire 2 en une journée !…

Cette 4e journée fut une belle entrée en matière sur les glaciers de la cordillère Apolobamba… Réveillés à minuit, partis à  1 h 10 du matin, organisés en 4 cordées, c’est 17h10 plus tard que nous arrivions de l’autre côté de la cordillère, à la laguna Pujo Pujo.

Par une météo magnifique dans la matinée, nous avons découvert depuis les hauteurs de l’Ullakaya l’étendue de cet imposant massif glaciaire.

À peine le temps de profiter d’un panorama unique que nous enchaînions le second défi de la journée : une descente de 600m de dénivelé jusqu’à un plateau séparant les deux sommets et une nouvelle ascension de près de 3h30 pour arriver sur une belle arrête, le tout dans un brouillard épais à 5700 m d’altitude !

Comme le disait l’un de mes amis, « En ascension, une fois au sommet, nous ne sommes qu’à la moitié du chemin…». Une réalité tellement évidente qu’il nous arrive parfois de l’oublier!

Après 12 h de marche nous n’étions, ce jour là, que au sommet du second pic… après plus de 17h à crapahuter et 1600 m de dénivelé positif cumulé, nous arrivions au camp !

La grande difficulté dans ce type d’aventure ne réside pas dans chaque ascension prise indépendamment, mais bien dans l’enchaînement et l’accumulation de fatigue physique et psychologique. L’impossibilité de vraiment récupérer à de telles altitudes oblige chacun à chercher, chaque jour, de nouvelles ressources dans lesquelles puiser.

En 12 jours, pas une seule nuit à moins de 4650m !

Dans de telles conditions, exclusivement sous tente, dans le froid et un confort sommaire, il faut réussir à conserver ce qui nous a animé durant les nombreux mois avant le départ : cette passion commune pour la montagne, les hauts sommets… pour les défis physiques, les Aventures Humaines…

C’est aux côtés de 10 Boliviens qu’avec Anne nous avons eu la possibilité de mieux comprendre la relation qu’entretiennent les andins avec les sommets, lieux sacrés et chargés d’histoire. En effet, les montagnes sont, ici, considérées comme des êtres vivants qu’il convient de respecter au même titre que les Hommes… La terre mère, la Pachamama, est celle qui permet de vivre ou survivre, nous offrant de bonnes récoltes grâce à la pluie mais pouvant aussi les détruire par les orages et la grêle. Au fur et à mesure de discussions avec Julio, Ignacio ou encore Nolberto, nous avons compris que cette croyance qui aurait pu être associée à la période préhispanique, était, en réalité, encore bien d’actualité.

Seuls au milieu de cette cordillère, sans signe de civilisation, nous avons continué notre Thaki sans croiser une âme… Une nouvelle journée de trek, après les 17 heures de marche le veille, nous a permis d’arriver dans une magnifique vallée où s’enchaînaient trois gigantesques lagunes…

Grâce aux radios, nous restions en contact avec les muletiers qui n’empruntaient pas exactement le même itinéraire que le reste de l’équipe.

Au soir du 21 mai, alors qu’un orage ne semblait plus loin, nous étions toujours en train d’attendre les mules. Elles s’étaient arrêtées à l’entrée de la vallée, nous l’avons su après… Un problème de communication et de coordination inévitable dans ce genre d’expédition… C’est sous une tempête de grêle, à la nuit tombante, que nous avons donc monté le camp et préparé notre équipement pour l’ascension du lendemain… le Cololo !

Déjà que le sommeil est léger en altitude, il est en plus extrêmement court lors des nuits d’ascensions… 3 petites heures de sommeil seulement avant de s’attaquer au Cololo, ou Anta Kwaja. Un sommet que tous les amoureux de la Haute Montagne rêvent de gravir. Une ultime paroi magnifique, raide sur 150m, à 75° d’inclinaison, pour atteindre un pic en forme de cône semblable aux Annapurna. Dans un froid glacial, de nuit, les regards orientés vers le sol, telles des machines, sans vraiment réfléchir, nous avancions ensemble, pas à pas. Durant ces instants, où la possibilité de puiser de l’énergie dans la beauté des paysages qui nous entourent est impossible, nous nous devions d’occuper notre esprit afin d’oublier la douleur, la fatigue et même parfois la peur…

Cette peur qui s’est emparée de moi, Vincent, néo-andiniste sans grande expérience de haute montagne, pour la première fois sur cette ultime partie du Cololo.

Bloqués par le décrochement d’une plaque en dévers formant une crevasse pendant près d’une heure, nous étions tous immobilisés en plein vent, à l’ombre, avec une fatigue physique et psychologique importante. J’ai alors pris conscience que la Vie, dans ces instants, ne tient plus qu’à quatre pointes de crampons et deux piolets…

Malgré tout, notre concentration se doit d’être à 100% focalisée sur les gestes que nous effectuons, sans quoi, en 1/1000 de seconde, notre existence peut s’envoler avec celle de notre compagnon de cordée… La notion de vivre le moment présent, « Carpe Diem », est alors à son paroxysme !

Aussi surprenant que cela puisse paraître, avec Anne nous avons le syndrome de Raynaud, ce problème de circulation sanguine dans les mains et les pieds qui fait que même au bord d’une plage méditerranéenne, par 35°c, nous pouvons avoir froid… Je vous laisse donc imaginer l’état de nos extrémités à 5900m d’altitude, par -15°c, en inactivité sur cette paroi…

C’est après que Nolberto ait dégagé ce passage technique au dessus de la crevasse, que l’ensemble de l’équipe a pu gravir les quelques mètres qui nous séparaient du sommet.

L’arrivée à la cime fut mythique pour chacun d’entre nous… même si elle se fit dans la douleur pour le plus jeune de la cordée que je suis, cette ascension restera un moment inoubliable dans ma jeune carrière d’andiniste.

Pendant cette heure d’attente interminable, j’ai eu le temps de remettre beaucoup de choses en question, comme le fait de savoir si j’avais besoin de vivre de tels moments, extrêmes, pour me sentir vivant… une question encore sans réponse !

 

Après une journée de repos au camp de base, au bord des lagunes, au soleil, nous nous sommes préparés pour notre 4e ascension en 8 jours !!! Huanacuni, tel était le nom de notre nouvel objectif ! Ce sommet restera pour tous le plus beau souvenir de cette aventure. Profitant d’un lever de soleil sur une mer de nuages magique, nous avons évolué le long d’une arrête nous permettant de recevoir les premiers rayons du soleil, si importants en haute montagne. Ces moments où l’on se sent revivre, où la moindre augmentation de quelques degrés est ressentie jusqu’au plus profond de notre corps !

Accompagnés de guides UIAGM boliviens, nous ne cessons de nous rendre compte de la puissance physique de ces Hommes hors du commun… A n’importe quel instant, dans les conditions les plus délicates qui puissent exister, ils restent capables d’accélérations nous donnant l’impression qu’ils marchent sur du plat… de vraies machines !!! Toujours organisés en 4 cordées, nous avons progressé sur un glacier qui nous offrait une vue splendide sur des lagunes et les hauts sommets de la cordillère. Le bonheur de se retrouver dans un environnement naturel vierge de toute existence humaine !

Sans grandes difficultés, nous sommes arrivés au sommet culminant à 5790m d’altitude ! Au 8e jour de notre expédition, malgré la pluie des 2 premiers jours, nous étions en avance sur le programme.

L’ultime grand challenge de cette aventure et non des moindres, était l’ascension de l’unique 6000m de cette cordillère, le Chaupi Orco. Pour l’atteindre, nous avons marché deux journées, traversant les premiers petits villages depuis notre départ, longeant des lagunes aux couleurs splendides, entourées de magnifiques parois rocheuses, le tout dans un fond de vallée aux allures alpines !

Malgré la fatigue, nous n’avons pu résister à l’envie d’ajouter un ultime challenge, sans doute trop élevé, à notre aventure.

Le Chaupi Orco est composé de deux pics, le Nord et le Sud : les guides auraient voulu réussir à faire la traversée joignant ces deux cimes, mais c’est une fois au sommet, à 6070m d’altitude, après 8h20 d’ascension, 8570m de dénivelé positif accumulés en 10 jours, dans un froid glacial, que raisonnablement, ils ont décidé d’oublier cette possibilité et de redescendre vers le camp de base.

Prévue initialement en 14 jours, c’est donc en 12 jours que nous avons réalisé l’ouverture de cette nouvelle voie dans la cordillère Apolobamba…à 12 du début à la fin, 10 Boliviens et 2 Français. Un défi physique et humain qui paraissait pour beaucoup non envisageable voire impossible…

Aujourd’hui c’est avec grande fierté que l’ensemble de l’équipe est heureuse de partager et divulguer la culture bolivienne au travers de cette aventure sans précédent dans ce pays magique…! Un souvenir qui restera clairement, pour tous, inoubliable !

Les Bourses Expé sont organisées par la société Expé, avec le soutien de :

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