Bourses Expé 2017

récit d'expédition [lauréats BOURSES 2015]

Spéléologie dans les Totes Gebirge

Sortir de l'autre côté de la montagne !

AUTRICHE - 4 au 17 août 2015

BLOG

 

L'ÉQUIPE

 

Yoann Girardot

Chef de chantier, 25 ans,

Villars-sous-Dampjoux 25

 

Bérénice Cottens

30 ans, chef de projet dans l'horlogerie, Schaffhausen, Suisse

 

Thomas Sergentet

35 ans, agent de surveillance de l'eau, Bretigney 25

 

Lucas Baldo

26 ans, Doctorant en Mécanique des Fluides, Toulouse

 

Janguy Maillet

49 ans, Professeur d' EPS, Bouclans (Doubs)

 

Franz Rührlinger

42 ans, technicien machine outil, Gmunden (Autriche)

 

Hans Stielgelbauer

42 ans, dessinateur CAD, Gmunden (Autriche)

 

Laurence d'Hautefeuille

26 ans, technicienne environnement, Chalezeule 25

 

Arnauld Malard

31 ans, ingénieur hydrogéologue, Neuchâtel, Suisse

 

Yann Auffret

24 ans, Etudiant en Management de Projets,

Toulouse

 

Romain Gudin

37 ans, Technicien cordiste

Pont Saint Vincent (Meurthe-et-Mozelle)

 

Simon Gudin

34 ans, Chargé d'affaires

Lyon

 

Michael Crotti

25 ans, Etudiant

Plancher Bas (Haute Saône)

 

 

 

L’équipe de la première semaine au grand complet le matin de l’héliportage

Par Yoann GIRARDOT

 

Résumé des résultats obtenus

 

L’objectif principal de l’expédition 2015 était de continuer les explorations dans les gouffres Tunnelhöhle et Aï Ça Pelle afin de tenter de les connecter au réseau principal de notre zone de recherche (réseau de Griesskar : 12,285 kilomètres de développement et 582 mètres de profondeur). Nous voulions également poursuivre les explorations depuis l’intérieur de ce réseau, notamment au niveau d’un système de galeries découvert vers – 200 en 2014 et se révélant prometteur : Beach Party.

L’ensemble des objectifs fut atteint dès la première semaine grâce à une météo extrêmement clémente et une équipe motivée par une forte envie de découverte.

Ainsi dès le mardi 11 août 2015, troisième jour d’expédition, nous connectons le gouffre de l’Aï Ça Pelle avec le réseau principal dans la zone d’entrée du F7 grâce un boyau insignifiant… Puis le lendemain une seconde jonction est réalisée dans l’Aï Ça Pelle au niveau du Grand Canyon du gouffre du Névé par la descente d’un grand puits.

Le gouffre du Tunnelhöhle tient ses promesses en passant de la profondeur -200 à environ -500 à l’issue de deux sorties : les explorations se font dans des verticales incroyables pour le massif. La jonction avec le réseau principal est réalisée dès le jeudi au niveau de l’amont de la rivière nord. En parallèle nous explorons également un étage fossile dans ce gouffre vers -300, qui nous livre un kilomètre de première et nous permet de descendre dans une nouvelle rivière.

Dans Beach Party nous parcourons 700 m de première dans une magnifique conduite forcée fossile presque sans obstacle, que nous nommons «système Dagobah ».

De mauvaises conditions climatiques marqueront la seconde semaine mais nous trouverons tout de même la motivation pour réaliser de belles explorations.

Dans le système Dagobah, les explorations reprennent le dimanche avec une fantastique première, où nous topographions un kilomètre de nouvelles galeries et sortons en falaise Est par une nouvelle entrée. Cette belle entrée, nommée WolkiHöhle, n’est a priori connue de personne. Nous réalisons encore plusieurs centaines de mètres de première au cours de la semaine dans cette partie du réseau dont la topographie se ramifie au fur et à mesure qu’elle s’allonge. Au final, le système Dagoba totalise plus de 2500 m de galeries découvertes cet été. De nombreuses galeries ont toutefois été laissées de côté pour les expéditions futures.

Dans le gouffre du Tunnelhöhle nous continuons les explorations dans la nouvelle rivière à -400. L’équipe s’arrête le dernier jour du camp au-dessus d’un puits d’une trentaine de mètres.

Dans le gouffre de l’Aï Ça Pelle nous réalisons également une troisième jonction avec le réseau principal.

Pour résumer l’expédition en quelques chiffres :

– 3 nationalités présentes à l’expédition.

– 4500 m de première dont 2500 m dans Dagoba et 2000 m au Tunnelhöhle.

– 3 nouvelles entrées raccordées au réseau principal : Aï Ça Pelle, Tunnelhöhle, WolkiHöhle (10 entrées au total).

– La profondeur du réseau passe de 582 m à environ 700 m grâce à l’entrée du Tunnelhöhle qui s’ouvre à plus de 2000 m d’altitude. En terme de développement les résultats préliminaires des connections montrent que le réseau totalise plus de 15 km de galeries, ce qui le place dans le top 10 des cavités les plus longues du massif.

Nous sommes cependant loin d’avoir tout découvert. Nous nous concentrons sur les passages majeurs, laissant de côté de nombreuses galeries de dimensions respectables. Les perspectives pour les expéditions futures (2016 ?) sont très nombreuses. Il reste à connecter le Königsreichhöhle (1500 m de développement) et d’autres cavités mineures au réseau. Les explorations devraient se déplacer vers le Sud, soit l’intérieur du massif, qui semble être une zone très prometteuse.

 

Compte rendu du camp

 

Le rendez-vous de départ est donné dans le Doubs (25) à Villars sous Dampjoux, (20 minutes de Montbéliard) pour Thomas, Yoann, Romain, Lucas, Yann et Michael le vendredi 7 Août 2015. Arnaud et Laurence n’ayant pu se libérer de leur travail respectif partiront en fin de journée et feront le trajet de nuit. Après le chargement du matériel collectif, de la nourriture pour les 15 jours de camp et des affaires personnelles dans la remorque tractée par la voiture de Thomas, le départ est donné (non sans une petite discussion concernant les multiples variantes du trajet…). Notre convoi de deux voitures traversera finalement l’Allemagne afin d’éviter la Suisse et ses formalités douanières pouvant se révéler pénibles.

C’est après 9 heures de route que la première voiture arrive à Grunau chez notre ami spéléo Autrichien Franz. Ce dernier, qui nous héberge pour la nuit et dont l’habitation nous servira de base arrière pendant les 15 jours à venir, nous attend impatiemment. Son village, Grunau im Almtal est un charmant petit bourg de 2000 âmes perdu dans la campagne autrichienne à une dizaine de kilomètres au nord du massif préalpin des Totes Gebirges, théâtre de la présente expédition. Nous passons la soirée à refaire le monde, discuter des perspectives de « notre » réseau qui grandit d’année en année et finir les derniers préparatifs logistiques afin d’être prêts en vue de l’héliportage de demain matin. Pour la soirée Hans et son frère George nous ont rejoints. Hans, également de Grunau est le « monsieur Spélix » de l’expédition, (la base de données spéléo autrichienne), il s’occupe de centraliser les données topo du réseau sur le site. Franz préfère les explorations sur le massif aux longues soirées sur l’ordinateur. George quant à lui ne pratique pas la spéléo mais est toujours volontaire pour nous « pousser » le plus loin possible à l’aide de son 4×4 sur le « chemin de montée », nous économisant ainsi plusieurs kilomètres de marche chargés comme des mulets…

 

Samedi matin, malgré la soirée qui s’est éternisée, toute l’équipe est debout de bonne heure et prend rapidement la direction d’Almsee, distant d’une quinzaine de minutes, afin de préparer les charges pour l’héliportage prévu à 9 h 00. Almsee est un endroit grandiose, les austères versants nord du massif et la grandeur des montagnes contrastent avec la paisible vallée agrémentée de son lac aux eaux limpides et le vert de ses forêts de conifères. Pour nous, ce lieu marque la séparation entre deux mondes : d’un côté celui du confort et de la civilisation, de l’autre celui de la rudesse de la montagne et ses conditions climatiques pouvant être difficiles.

Sur le parking nous retrouvons Arnauld et Laurence arrivés en pleine nuit qui ont dormi à la belle étoile et les réveillons de leur court repos. En peu de temps nous remplissons trois big bags, un pour le matériel collectif, l’autre pour la nourriture et le dernier pour une partie des affaires personnelles soit une masse d’environ 600 kg. La veille au soir nous avions élaboré une stratégie simple : une première rotation d’hélicoptère pour déposer quatre personnes au niveau du camp à 1900 mètres d’altitude qui seraient chargées de réceptionner la charge de matériel lors de la seconde rotation et le restant de l’équipe qui monte à pied. Mais devant le tarif attractif que nous propose le pilote pour monter toute l’équipe en hélicoptère au camp, la fierté de l’équipe des « marcheurs » fut vite oubliée. C’est ainsi que toute l’équipe finira littéralement catapultée au camp de base en moins de 5 minutes, certains se payant même le luxe d’une prospection en hélicoptère dans la face nord du Zwölfer, le pilote ayant des « entrées » à nous montrer…

L’arrivée si rapide dans l’univers minéral du lapiaz est un peu déroutante et nécessite un petit temps d’acclimatation à l’équipe avant de passer à l’étape suivante : l’installation du camp.

 

Comme chaque année, nous installons le camp à l’intérieur du porche d’entrée d’une grotte nommée Eiskapel, littéralement « la chapelle de glace »… L’intérieur du porche, d’un diamètre d’une vingtaine de mètres, abrite un névé sur le tiers de sa surface. C’est derrière celui-ci, au fond du porche, que nous installons les tentes car c’est le seul endroit où nous avons pu niveler le sol. Ici la température n’excède guère les 10 degrés mais au moins les tentes sont protégées des intempéries. Sur le côté gauche de l’entrée se trouve la cuisine, un mur en pierre nous protège du vent et le plafond nous sert de toit. Dans Eiskapel, toute l’équipe s’active à monter les tentes, installer la cuisine, préparer le matériel spléléo pour le lendemain, trier la nourriture et aller chercher de l’eau. Il n’y a pas de source immédiatement disponible à proximité du camp. Pour trouver de l’eau il faut descendre au gouffre du Plattenhöhle et s’avancer d’une trentaine de mètres dans la cavité pour découvrir le système de collecte des eaux de ruissellement mis en place par nos collègues autrichiens. La remontée des 120 mètres de dénivelé qui séparent le gouffre du camp est alors longue… Au cours de la préparation du matériel de topographie, Arnauld et Thomas se rendent compte que le PAD ne fonctionne pas et qu’il est par conséquent impossible de calibrer nos 3 Disto X… Par chance nous en avons un de secours dans une voiture à Almsee au pied de la montagne… Lucas et Arnauld se sacrifient pour faire l’aller-retour dans la soirée, beau dévouement ! Pour finir la journée une partie de l’équipe va visiter le gouffre du Königsreichhöhle.

 

Dimanche, enfin le grand jour, toute l’équipe est (sur)motivée, pour partir en exploration après une année d’attente. Franz, Lucas et Yann partent au Tunnelhöhle, Thomas, Romain et Michael à Beach Party et Yoann, Laurence et Arnauld au Aï ça Pelle. Dans ce dernier gouffre nous nous sommes arrêtés lors des dernières explorations au sommet de deux puits d’une cinquantaine de mètres vers -150. Malheureusement Laurence se fait mal au dos lors d’une mauvaise glissade et nous devons faire demi-tour sans avoir pu explorer la suite. Peu importe notre aller-retour n’est pas vain puisque nous avons déposé l’ensemble du matériel au-delà du méandre et avons rééquipé quelques passages inconfortables. L’équipe du tunnel réalise une impressionnante première en posant 200 mètres de corde, Yann raconte : Nous arrivons très vite au sommet du P 80 là où nous avions stoppé les explorations avec Lucas en 2014. Cette verticale a depuis été descendue par nos amis autrichiens. Le volume est énorme et peu après la base du puits nous arrivons au terminus des explorations autrichiennes au sommet d’un gros conduit vertical. Nous attaquons alors l’équipement en alternant vires et pendules pour s’écarter au maximum de l’axe des chutes de pierres potentielles. Nous prenons pied une quarantaine de mètres plus bas sur un promontoire où le gouffre se divise en deux branches. D’un côté, le conduit vertical se poursuit de plus belle et de l’autre une énorme galerie fossile se profile. Lucas et Franz explorent cette galerie sur environ 200 m pendant que je continue l’équipement du conduit vertical qui semble ne pas vouloir s’arrêter. Gros travail de purge, beaucoup d’équipement et arrêt sur manque d’amarrages à environ -400 mètres de profondeur. Retour en surface après 14 heures sous terre et près de 350 mètres de première pour ce premier jour d’exploration. Du coté de Beach Party 100 m de première sont réalisés dans des conduites forcées fossiles. L’accès à ces galeries se fait par le Plattenhöhle, qui est la cavité historiquement explorée par nos deux collègues Autrichiens. Le gouffre est constitué d’une série de conduits fossiles horizontaux confortables recoupés par des puits actifs et fossiles. Il constitue désormais la voie d’accès la plus facile vers le fond du réseau et le « bivouac -500 ».

Au réveil lundi, le ciel est toujours bleu et le soleil ne semble pas vouloir nous quitter, la météo est annoncée excellente six jours durant. Seules deux équipes sont constituées pour le jour car Michael et Romain veulent rester au camp et Laurence a toujours mal au dos. Yoann, Thomas et Arnaud vont continuer les explorations au niveau de Beach Party : Au niveau de la pointe, avancer au plus évident dans une galerie bien ventilée. Nous réalisons la topo tout au long de la progression afin de savourer chaque mètre de première. Au détour d’un virage, nous débouchons dans une conduite forcée avoisinant les sept mètres de diamètre, nous croyons rêver tant la galerie est énorme et splendide. Nous choisissons de partir en direction du Nord et suivons sans difficulté cette galerie sur 600 m, en laissant de nombreux départs le long du cheminement. Si ce n’est pas un puits que nous croisons, c’est une galerie tout aussi imposante que nous laissons aux futurs explorateurs. Finalement après un passage bas ensablé, où souffle un violent courant d’air; la galerie est recoupée par un actif qu’il faut équiper, nous décidons de nous en arrêter là pour aujourd’hui. L’équipe du Tunnel, voulant se reposer, ne poursuit pas la pointe au point bas mais va explorer une galerie fossile vers -300 encore plus imposante que la nôtre et la suivre sur plusieurs centaines de mètres.

Mardi, Arnaud et Yoann font équipe pour aller continuer les explorations dans le gouffre du Aï ça Pelle et tenter une jonction avec le réseau principal, que l’on sait tout proche. Après le passage du pénible méandre et la récupération du matériel déposé il y a deux jours au début des grands volumes, l’objectif est d’aller descendre un puits estimé à une cinquantaine de mètres sur lequel nous nous sommes arrêtés sur manque de corde lors des dernières explorations en 2014. Arnauld se colle à l’équipement. Après une main courante aérienne d’une quinzaine de mètres nous arrivons sur la lèvre du puits. Les pierres que nous décrochons tombent pendant de longues secondes, ce puits dépasse certainement les 50 mètres et son volume est imposant… Nous stoppons notre descente sans avoir touché le fond, il va falloir revenir avec de la corde ! Au cours de notre remontée, nous jetons un œil dans plusieurs galeries annexes même si nous les pensons sans grand intérêt au vu de leur dimension. C’est en forçant un boyau, qui me laisse juste assez d’espace pour passer sur une dizaine de mètres que je finis par me relever au milieu d’une galerie de trois mètres de hauteur, un instant je crois être dans une partie connue du Aï Ça Pelle. Mais après un rapide coup d’œil il s’agit de galeries inconnues et je décide de faire demi-tour pour aller chercher Arnauld. De retour dans la galerie nous inspectons les lieux, il me semble distinguer des traces sur le sol mais celles-ci ne sont pas franches. Plus loin l’empreinte d’un pied dans la glaise et un cairn ne nous laisse aucun doute, nous venons de jonctionner avec un réseau connu ! Nous mémorisons bien le profil des lieux afin d’avoir une chance de reconnaitre le point de jonction sur la topo du réseau et remontons annoncer le bonne nouvelle. Après l’étude des topos et la comparaison des altitudes, il est quasi certain d’avoir jonctionné au niveau de la zone d’entrée du F7. Ce gouffre est peu connu car il a été exploré par deux personnes en 2010 et fût rapidement relié au Plattenhöhle. Suite à cette jonction le gouffre est tombé dans l’oubli. Pourtant sur la topo, une vingtaine de points d’interrogations sont présents et des puits jusqu’à 30 m de profondeur restent à descendre… En soirée l’équipe du tunnel explique avoir touché le fond du grand puits (environ 200 m) et par de nouvelles verticales, avoir atteint une très belle rivière qui coule à la profondeur d’environ -500 m. Une seconde équipe dans ce gouffre réalise également une centaine de mètres de première dans la grande galerie de -300.

Le mercredi toute l’équipe va visiter le F7, la jonction a bien été réalisée où nous le pensions, à 20 minutes de l’entrée de ce gouffre. Certains font une simple sortie photos, tandis que d’autres poursuivent la descente du grand puits. L’équipe de pointe finit par toucher le fond de la verticale et prend pied dans une partie connue du réseau : le Grand Canyon du gouffre du névé : seconde jonction du camp ! Le méandre étroit rongera une dernière fois nos combinaisons lors du déséquipement de l’entrée historique.

Jeudi, la météo est toujours excellente, comme depuis le début de la semaine et les températures sont clémentes, ce qui est fort appréciable pour le massif. Trois équipes se forment, Thomas et Arnaud décident de partir pour 2 jours au « bivouac -500 » afin d’aller voir si il y a une suite au-dessus du siphon des « supers héros » et si non déséquiper cette partie active. Les deux autres équipes partent au Tunnel, Yann et Lucas pour le fond et Yoann, Laurence et Franz pour la grande galerie de -300. La galerie d’entrée du Tunnel est toujours aussi imposante, plongeant dans le pendage à 40 degrés elle nous amène dans la grande salle ébouleuse de l’entrée. Suivent ensuite 10 minutes de reptation inconfortable entre blocs et plafond, donnant accès, par une nouvelle galerie, à la zone verticale du gouffre. Les puits spacieux et très propres s’enchainent sans difficulté jusqu’à arriver au niveau des grands volumes du gouffre. La partie parcourue précédemment nous parait alors ridicule face à l’immensité des lieux. Le puits de 80 m est tout simplement grandiose et nous pouvons voir depuis son sommet l’ensemble de l’équipe progresser loin dans la galerie inférieure. La galerie fossile de -300 est à l’image du reste du gouffre, spacieuse. Dans un coude à 90 degrés de celle-ci, nous explorons un labyrinthe de galeries fossiles de taille humaine, celles-ci nous livrent accès par un grand puits à une nouvelle rivière. Nous nous arrêterons par manque de corde 20 m au-dessus de l’actif… En faisant une pause à la sortie de notre galerie, nous entendons des bruits provenant du P 200, c’est Yann et Lucas qui remontent du fond. Nous les attendons car nous sommes impatients d’avoir le récit de leur journée. Ils nous annoncent avoir suivi la rivière à l’aval et… avoir jonctionné avec le réseau principal. Nous sommes ravis, c’est incroyable et presque trop facile, nos rêves se réalisent ! La rivière suivie dans le tunnel est donc la même que nous remontions dans la partie nord du réseau, le réseau avoisine désormais les 700 m de profondeur ! A la sortie du gouffre le vent souffle très fort, nous sommes gelés, mais peu importe, les objectifs 2015 sont remplis et nous prenons le chemin du camp pour fêter cette nouvelle.

Vendredi toute l’équipe restée en surface prend un repos bien mérité. Franz redescend chez lui pour le weekend afin d’accueillir Bérénice qui arrive samedi en vue de la seconde semaine. Le reste de l’équipe prend la direction de la Puringerhütte distante de 2h30 de marche, pour manger un bon plat et boire des bières pression locales (c’est le charme des refuges autrichiens). Nous avons une pensée pour Thomas et Arnaud qui sont au bivouac au fond du gouffre. Le soir, nous les retrouvons au camp en rentrant de Puringer, leur explo n’a rien donné et ils ont déséquipé la galerie d’accès au siphon.

Samedi marque la fin de l’expédition pour Thomas, Romain et Michael qui font leurs affaires et entament la descente en milieu de matinée. Yoann en profite pour descendre avec eux afin d’aider au portage de dimanche et retrouver Bérénice chez Franz. Pendant ce temps, le reste de l’équipe tente d’accéder en rappel à un porche repéré dans la face nord de l’Elfer depuis le haut des falaises mais se décourage rapidement face aux difficultés de la tâche. La journée se finit en prospection. Depuis chez Franz, nous consultons la météo pour la semaine à venir, une dégradation arrive en soirée et le mauvais temps est annoncé pour toute la semaine…

Dimanche matin, la météo est encore acceptable mais c’est dans le brouillard que se fait la montée au camp pour Yoann, Bérénice et Hans. Ce dernier a posé une semaine de congé pour passer une partie de son temps libre avec nous. Franz quant à lui prévoit de monter plus tard dans la journée. L’équipe de montée croise sur le chemin du camp Lucas, Yann, Arnaud et Laurence qui partent pour le système Dagobah. Yann raconte leur explo : Nous commençons la sortie par l’exploration de 400 m de galerie au cœur du système Dagobah. Arnauld et Laurence décident de lever la topo de cette nouvelle galerie pendant que moi et Lucas partons à la pointe où il est nécessaire d’équiper une petite verticale pour prendre pied dans un actif. Nous attaquons l’exploration bien motivés par la première et ça donne grave ! La galerie ne s’arrête pas et on se régale. Les volumes sont gros et on va au plus évident en laissant des départs intéressants à plusieurs endroits ! Après le passage d’une voute basse, les pieds dans l’eau, où le courant d’air est vraiment énorme nous commençons à voir des morceaux de glace ! Complètement dans l’euphorie de la première nous laissons kits et matos topo en plan sur le sol et courons voir la suite. Nous débouchons alors dans une grande salle et la présence de glace nous laisse rêver à une sortie proche. Nous suivons ensuite une galerie remontante guidée par le courant d’air. La configuration de la galerie change et c’est dans un méandre que nous poursuivons notre ascension avec parfois des passages d’escalade engagés. La configuration des lieux me fait penser à une entrée, mais aucune lumière extérieure ne nous parvient…Puis au détour d’un virage, il me semble distinguer une toute petite lueur ; extinction des lumières ; on voit le jour ! Nous devenons fous, courons dans cette direction et débouchons en pleine falaise du Zwölfer dans un porche d’environ 8 m de haut sur 5 m de large. C’est l’euphorie, trouver une entrée par l’intérieur ça n’arrive pas tous les jours ! Dehors, le brouillard est très épais et malgré une petite excursion sur une vire, impossible de savoir où l’on est. Nous choisissons de nommer la nouvelle entrée « WolkiHöhle » ; la « Grotte des Nuages » et faisons demi-tour car il serait trop dangereux de tenter une descente dans la falaise par ces conditions. Une autre équipe part visiter le Durchgangloch, afin de voir si cette cavité peut être jonctionnée avec le Koenigreichöhle que l’on sait tout proche. Malheureusement même après une fouille minutieuse il ne reste plus beaucoup d’espoir d’une jonction facile, toutes les galeries sont bouchées par des trémies, seul le courant d’air arrive à passer… Dehors le mauvais temps s’est installé et nous rentrons trempés à Eiskapel. Nous y croisons Franz, qui, dépité par la météo, nous annonce qu’il quitte le camp pour aller au soleil, quelque part dans le Tyrol !

Lundi le mauvais temps est toujours là et l’on sent qu’il va être difficile de remettre les affaires mouillées, impossible de faire sécher quoi que ce soit sauf à même le corps… Hans abandonne la partie dès le réveil et nous annonce qu’il redescend également, c’est l’hécatombe dans l’équipe autrichienne… Après une longue motivation, nous nous mettons en route sous la pluie. Sous terre l’ambiance est à la crue mais peu importe nous sommes déjà trempés. Nous arrivons contre toute attente à progresser de 400 m dans le système Dagoba, le froid nous forçant à faire demi-tour et de 100 m dans la rivière de -400 du Tunnel.

Mardi, au réveil, une éclaircie, quelle chance ! Nous en profitons pour tout faire sécher, vêtements, combinaisons, sacs de couchage, tentes sans perdre une seconde. Avec étonnement nous voyons Franz nous rejoindre, le moral de l’équipe remonte en flèche ! Yoann, Bérénice et Franz profitent de cette éclaircie pour aller voir s’il est possible de descendre sur le chemin de montée par la nouvelle entrée en falaise. Tandis que Yann et Lucas chercheront l’accès par l’extérieur. Les deux équipes réussissent facilement leur mission : finalement la descente depuis le porche est assez facile pour celui qui a le pied montagnard mais la chute n’est pas permise. Désormais nous pourrons, lors des futures explorations dans le système Dagobah, sortir par Wolkihöhle évitant ainsi la remontée sur les cordes glaiseuses du Plattenhöhle qui mettent à mal nos bloqueurs.

Mercredi, nous réalisons la première traversée TunnelHöhle / Planttenhöhle. La crue nous surprend dans les puits de sortie du Planttenhöhle et nous rentrons encore une fois trempés au camp. A l’entrée du Tunnelhöhle, un camp est installé ! C’est notre ami allemand Rudy et son équipe qui sont montés pour 3 jours dans le but de continuer les explorations dans la zone d’entrée de la cavité. En effet, nos explorations dans ce gouffre ont commencé grâce à une invitation de sa part en 2014 où il nous a gentiment proposé de poursuivre les explorations au point bas de leur gouffre car lui et son équipe n’en ont pas l’énergie, en nous demandant simplement de leur laisser la zone d’entrée. Manque de chance ils sont déjà sous terre et nous ne les croiserons pas aujourd’hui.

Jeudi, comme la veille, le brouillard ne semble pas vouloir nous quitter de la journée. Mais, cette fois-ci, personne ne réussira à trouver la motivation pour remettre les affaires trempées et partir sous terre… Franz et Yoann se décident quand même à partir au Tunnel pour chercher du matériel et inviter nos trois collègues allemands à manger avec nous. Par chance, ceux-ci ne sont pas sous terre et décident de redescendre de suite avec nous pour venir passer la fin de journée en notre compagnie. Ils nous expliquent avoir fait 300 m de première hier vers -130 et s’être arrêtés sur un puits d’une cinquantaine de mètres. Hans nous rejoint dans l’après-midi, car il est très intéressé pour faire la nouvelle traversée avec Franz demain.

Vendredi, au réveil le mauvais temps est toujours là ! Franz et Hans désespérés abandonnent la partie et nous annoncent qu’ils redescendent dans la vallée une fois de plus ! Mais le reste de l’équipe compte bien ajouter encore quelques mètres de première au réseau car c’est le dernier jour d’exploration du camp 2015 ! Peu importe le mauvais temps et les affaires mouillées ; nous constituons trois équipes de pointe. Bérénice et Lucas continuent l’aval de la rivière de -400 au Tunnel et s’arrêtent sur un P 30. Arnaud et Laurence reprennent les explorations dans le gouffre du Aï ça Pelle en poursuivant l’aval du puits des oies, resté en suspens depuis 2014. Après deux verticales dont un puits de 50 m plein vide, ils jonctionnent à nouveau avec le Grand Canyon mais une crue précipitera leur remontée. Yann et Yoann explorent 500 m de nouvelles galeries dans le système Dagobah. Deux grandes salles et de nombreux départs prometteurs sont découverts.

Samedi, enfin des éclaircies ! Toutes l’équipe s’active à faire sécher le matériel, trier les affaires, faire l’inventaire, ranger le camp et charger les sacs. Franz nous rejoint pour nous aider à descendre du matériel. La descente avec nos sacs de plus de 30 kg est laborieuse et nous sommes contents de trouver Hans et son 4×4 en bas de la descente. En soirée, direction le troquet du village et son « repas du chevalier » afin de fêter la fin de l’expédition en compagnie de nos amis autrichiens avant de reprendre la route le lendemain matin direction la maison.

 

 

 

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